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Michel Takpah décrypte les limites du modèle souverainiste sénégalais , Le Sénégal peut-il rompre avec le franc CFA ?
Depuis son exil américain, le journaliste et économiste togolais Michel Glory Samuel Takpah, ancien visage de l’émission « Regard Croisé » sur New World TV, a livré une tribune dense et sans complaisance sur la situation économique du Sénégal, à l’heure où le pays vit une mutation politique majeure. Alors que le duo Diomaye Faye – Ousmane Sonko célèbre un an au pouvoir, Michel Takpah analyse les tensions entre les promesses électorales portées par le discours panafricaniste du Pastef et les réalités d’un appareil d’État soumis aux défis de la dette, de l’intégration régionale et de la souveraineté économique.

Sonko/Faye : entre idéal et gestion pragmatique
Élu en avril 2024 sur une promesse de rupture avec les pratiques anciennes, le président Bassirou Diomaye Faye, épaulé par son Premier ministre Ousmane Sonko, s’est engagé à transformer radicalement l’économie et la diplomatie sénégalaise. Mais la transition du militantisme à l’exercice du pouvoir révèle des contraintes structurelles profondes. Takpah note que le duo dirigeant peine à concilier discours idéologique et gestion pragmatique, notamment dans le dossier sensible de l’Alliance des États du Sahel (AES) et des relations avec la CEDEAO, où les ambitions panafricaines se heurtent à une diplomatie prudente.
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La question monétaire : toujours un point d’achoppement
L’un des marqueurs idéologiques forts du Pastef est la remise en question du franc CFA. Pourtant, malgré un discours renouvelé sur la nécessité d’une monnaie réellement souveraine, les autorités sénégalaises n’ont toujours pas esquissé un plan de sortie concret. Ousmane Sonko, tout en réaffirmant son attachement à une monnaie commune africaine, semble privilégier une démarche concertée, appuyée par la BCEAO, mais dépendante de la volonté politique des chefs d’État de la sous-région.
Takpah relève ici une forme de « réalisme contraint », soulignant que les leviers monétaires restent étroitement liés aux équilibres régionaux, et que toute décision unilatérale exposerait le pays à des risques économiques majeurs.

Réformes internes et bras de fer avec les partenaires étrangers
Sur le plan national, le gouvernement sénégalais a engagé plusieurs réformes, notamment la renégociation de contrats pétroliers et gaziers, et le lancement d’une production locale de pétrole. Michel Takpah y voit un signal fort en faveur de la souveraineté économique, renforcée par la décision de ne pas renouveler le contrat de pêche avec l’Union européenne.
Mais cette volonté de reprendre le contrôle sur les ressources naturelles a aussi un coût : une confiance internationale ébranlée. Le Sénégal, privé de financements extérieurs, a été contraint de se tourner vers le marché régional pour lever plus de 1260 milliards FCFA en six mois, un triplement par rapport à l’année précédente. L’endettement reste préoccupant, atteignant près de 119 % du PIB selon Barclays.
Une rupture idéologique freinée par l’économie de marché
Pour Michel Takpah, le gouvernement de gauche sénégalais tente une forme de synthèse entre activisme souverainiste et contraintes d’un monde globalisé. Il salue l’élan de transformation enclenché, tout en alertant sur les risques de désillusion si les résultats tangibles tardent à se matérialiser. Le pari de la rupture est risqué, car il repose sur une économie fragile, un tissu social exigeant, et un climat international défavorable.
L’économiste togolais conclut sa tribune en appelant à une politique de souveraineté lucide : « Ce n’est pas seulement en rompant avec les puissances étrangères que l’Afrique progressera, mais en bâtissant une économie qui résiste au choc du marché. » Un appel au réalisme sans renier l’idéal.
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