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Faure Gnassingbé et Ouattara : Comment ils ont brisé l’alternance et réécrit les règles du pouvoir en Afrique de l’Ouest
L’alternance démocratique, longtemps brandie comme un idéal en Afrique de l’Ouest, vacille aujourd’hui sous les coups répétés de dirigeants bien décidés à s’accrocher au pouvoir. Entre Faure Gnassingbé, héritier politique indétrônable du Togo, et Alassane Ouattara, président ivoirien prêt à briguer un quatrième mandat à 83 ans, les règles du jeu semblent avoir été subtilement ou brutalement réécrites. Dans l’ombre des discours sur la stabilité et le développement, c’est un tout autre projet qui se dessine : celui d’une présidence à vie, maquillée sous les atours d’une légalité constitutionnelle sur mesure. Comment ces deux figures influentes façonnent-elles un nouvel ordre politique ouest-africain, au détriment de l’alternance et de l’espoir démocratique des peuples ?

Ces efforts avaient permis de donner à l’organisation une image de stabilité politique et d’attractivité économique. Preuve de cette influence, le Maroc, pays d’Afrique du Nord, avait même manifesté son désir d’adhérer à cet espace communautaire. Mais derrière ce tableau flatteur se cachaient des fissures profondes.
Le Togo, l’exception qui affaiblit la règle
Parmi les États réticents à cette limitation, le Togo de Faure Gnassingbé s’est illustré comme le plus ferme opposant. Seul pays à avoir refusé de signer le protocole additionnel, il a ainsi fragilisé le consensus régional. Cette posture, motivée par le désir du chef de l’État togolais de se maintenir indéfiniment au pouvoir, a fini par miner l’un des fondements de la CEDEAO.
La situation a pris un tournant encore plus défavorable lorsque des coups d’État militaires ont éclaté au Mali (2020), au Burkina Faso (2022) et au Niger (2023). Ces ruptures institutionnelles ont affaibli l’organisation régionale et offert au Togo de nouveaux alliés partageant une vision du pouvoir éloignée des principes démocratiques.
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Faure Gnassingbé, soutien stratégique des régimes militaires
Dans ce contexte de bouleversement, Faure Gnassingbé s’est imposé comme un soutien indéfectible aux juntes militaires du Sahel. Ce rapprochement, loin d’être purement diplomatique, lui permet de légitimer sa propre longévité au pouvoir et de peser davantage dans les affaires régionales.
La crise de la démocratie en Afrique de l’Ouest s’est ainsi accentuée, reléguant au second plan les objectifs initiaux de la CEDEAO. La limitation des mandats, jadis au cœur des priorités, a été éclipsée par des alliances opportunistes entre dirigeants soucieux avant tout de préserver leur fauteuil présidentiel.

L’« élève » Ouattara et l’influence de Faure
Sur la scène ouest-africaine, un autre acteur de poids a progressivement affiché une proximité notable avec Faure Gnassingbé : le président ivoirien Alassane Dramane Ouattara. Élu pour la première fois en 2011, Ouattara semblait initialement vouloir respecter la limitation des mandats.
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Mais le 29 juillet dernier, à 83 ans, il a annoncé sa candidature pour l’élection présidentielle du 25 octobre 2025, visant ainsi un quatrième mandat. S’appuyant sur la Constitution ivoirienne et affirmant que sa santé le permet, il justifie cette décision comme une continuité naturelle de son mandat. Cette posture rappelle celle de Faure Gnassingbé, qu’il considère désormais publiquement comme un « neveu » politique.
Un coup dur pour la démocratie ouest-africaine
Cette convergence de stratégies entre Faure Gnassingbé, Ouattara et les régimes militaires du Sahel sonne comme un coup de grâce pour l’idéal démocratique régional. Pendant que des dirigeants comme Patrice Talon, président du Bénin, annoncent leur retrait après deux mandats par conviction et par respect des institutions, d’autres prolongent leur pouvoir au mépris de l’esprit des constitutions.
L’Afrique de l’Ouest, autrefois perçue comme un modèle démocratique émergent, voit aujourd’hui son image ternie par ces ambitions personnelles. Les peuples, eux, assistent impuissants à cette dérive institutionnelle, oscillant entre désillusion et lassitude.
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