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Angola – Manifestation : 30 morts en 48 h, le pouvoir félicite la répression, les familles enterrent leurs morts
Trente morts en deux jours. Et le président angolais João Lourenço, loin de condamner les violences, félicite la police. Tandis que les rues de Luanda et d’autres villes du pays portent encore les stigmates de deux jours de chaos, la réaction du pouvoir angolais interroge autant qu’elle scandalise. À l’origine de la colère populaire : une grève contre la hausse du carburant, vite transformée en insurrection sanglante. Entre pillages, tirs à balles réelles et silence officiel sur les victimes civiles, c’est une démocratie en tension qui vacille sous les yeux du monde.

Des manifestations qui tournent à l’émeute
Tout a commencé par une grève lancée en début de semaine, alors que le coût du carburant connaît une envolée brutale dans un contexte économique déjà fragile. Rapidement, la contestation sociale a viré à l’émeute. Dans les rues de la capitale Luanda, mais aussi dans plusieurs provinces du pays, des commerces ont été pillés, des entrepôts détruits et des véhicules incendiés.
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Ce qui devait être une mobilisation contre une politique économique impopulaire s’est transformé en scènes de désordre général, confrontant des manifestants en colère à une police armée et déployée massivement.
Un bilan lourd et des circonstances floues
Le gouvernement angolais a fait état de 30 morts en seulement deux jours de troubles, parmi lesquels figure un officier de police. Plus de 270 personnes ont été blessées, dont une dizaine d’agents des forces de l’ordre. Toutefois, les circonstances exactes des décès demeurent floues : le rapport de police reste évasif et n’indique pas clairement dans quelles conditions ces pertes humaines ont eu lieu.
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Ce manque de transparence nourrit les inquiétudes des ONG et des partis d’opposition, qui pointent du doigt un usage disproportionné de la force par les services de sécurité.
Répression ou maintien de l’ordre ?
Dans une déclaration officielle, le président João Lourenço a félicité jeudi les forces de l’ordre pour leur « professionnalisme » dans le rétablissement de l’ordre public. Une position qui divise. Pour certains, le pouvoir salue une réponse ferme face à une situation menaçante. Pour d’autres, il s’agit d’un soutien implicite à une répression violente, notamment contre des manifestants civils, souvent désarmés.
Des témoignages recueillis par des organisations de défense des droits humains rapportent des tirs à balles réelles sur des foules non violentes et des arrestations arbitraires. Plusieurs vidéos circulant sur les réseaux sociaux semblent appuyer ces accusations, bien que leur véracité n’ait pas encore été officiellement confirmée.

Appel à la paix de l’Église catholique
Face à la montée des tensions, la Conférence épiscopale d’Angola et de Sao Tomé a pris la parole par l’intermédiaire de son président, Mgr José Manuel Imbamba. Ce dernier a condamné les violences de part et d’autre, appelant aussi bien les manifestants que les autorités à faire preuve de retenue. « Il faut privilégier le dialogue pour éviter une spirale incontrôlable », a-t-il déclaré.
L’intervention de l’Église, acteur respecté dans la société angolaise, vise à calmer le jeu dans un climat de défiance généralisée. Mais son efficacité dépendra de la volonté des autorités à écouter la voix des citoyens.
Vers une crise politique ?
Si les violences diminuent temporairement, la crise de fond reste entière. Les causes de la colère hausse du coût de la vie, précarité, chômage massif n’ont pas disparu. Et la manière dont le pouvoir gère les protestations pourrait, au contraire, accentuer la polarisation.
Pour de nombreux observateurs, la réaction du président Lourenço illustre une tentation autoritaire qui pourrait s’ancrer durablement si la contestation sociale continue. L’absence d’enquête indépendante sur les violences, combinée au silence sur les victimes civiles, alimente un profond malaise.
L’Angola, pays riche en pétrole mais marqué par de grandes inégalités, pourrait ainsi entrer dans une nouvelle phase d’instabilité si des réponses structurelles ne sont pas apportées rapidement.
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