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UEMOA : Tensions entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso autour de la présidence du Conseil des ministres

UEMOA : Tensions entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso autour de la présidence du Conseil des ministres

Les relations déjà fragiles entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso viennent de franchir un nouveau palier de crispation, cette fois au sein d’une institution clé de l’intégration régionale : l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). En cause : la présidence tournante du Conseil des ministres, un poste stratégique au cœur du pilotage économique de l’Union.

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D’après les révélations d’Africa Intelligence, le président Alassane Ouattara s’opposerait à la candidature burkinabè pour succéder à la ministre ivoirienne Kaba Nialé, en poste depuis 2022. Une information qui n’a, pour l’heure, fait l’objet d’aucune confirmation officielle de la part des autorités ivoiriennes ou burkinabè. Mais les silences diplomatiques n’en disent pas moins long sur la profondeur des tensions latentes.

Un enjeu institutionnel à forte portée symbolique

Le Conseil des ministres de l’UEMOA, composé des ministres des Finances et de l’Économie des huit pays membres, joue un rôle capital dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques économiques régionales. Conformément à l’article 11 du traité de l’Union, la présidence est censée revenir tous les deux ans à un État membre, sur la base d’une rotation équitable.

Pour le Burkina Faso, cette présidence constituerait une reconnaissance politique et diplomatique importante, notamment dans un contexte où le pays, dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré depuis 2022, fait face à une marginalisation croissante sur la scène internationale, notamment depuis son retrait de la CEDEAO avec ses alliés du Sahel (Mali et Niger).

La Côte d’Ivoire, arbitre et acteur d’influence

En tant que première puissance économique de l’UEMOA, la Côte d’Ivoire joue un rôle déterminant dans les équilibres internes de l’organisation. L’opposition présumée d’Abidjan à la candidature burkinabè s’interprète comme un rejet politique plus que technique, d’autant que la rotation de la présidence ne suit pas un calendrier rigide mais repose sur des accords de bonne entente entre États membres.

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Cette attitude pourrait s’expliquer par la défiance persistante entre Abidjan et Ouagadougou, exacerbée par les accusations d’ingérence portées par les autorités burkinabè contre la Côte d’Ivoire. Depuis l’arrivée d’Ibrahim Traoré au pouvoir, les rapports entre les deux capitales se sont détériorés, Abidjan étant perçu par le régime burkinabè comme proche des positions occidentales, tandis que le Burkina Faso s’est résolument tourné vers des alliances non traditionnelles, notamment avec la Russie.

Vers une nouvelle crise institutionnelle au sein de l’UEMOA ?

Ce bras de fer, s’il se confirme, pourrait affecter la cohésion interne de l’UEMOA, déjà mise à l’épreuve par des divergences sur les questions monétaires, sécuritaires et de gouvernance. Alors que l’Union monétaire tente de maintenir sa stabilité dans un contexte régional instable, les tensions politiques entre États membres risquent d’éroder davantage l’esprit de solidarité censé sous-tendre l’organisation.

De surcroît, ce désaccord intervient à un moment où le débat sur la réforme du franc CFA et sur la souveraineté économique des États de l’UEMOA reste très vif. Certains analystes estiment que la politisation croissante des postes au sein des institutions régionales affaiblit leur légitimité et compromet leur efficacité.

Une issue incertaine sous le regard de la CEDEAO

Si l’UEMOA tente généralement de régler ses différends en interne, la CEDEAO, également en crise suite au retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger, observe attentivement cette tension, qui pourrait avoir des répercussions sur les autres organes d’intégration ouest-africaine.

La présidence du Conseil des ministres n’est pas qu’un fauteuil administratif : elle représente un levier de diplomatie économique, de reconnaissance géopolitique et de légitimation pour les régimes au pouvoir. Pour le Burkina Faso, l’obtention de cette fonction serait un signal de réintégration partielle dans le jeu régional. Pour la Côte d’Ivoire, la bloquer revient à exercer son poids pour défendre une certaine orthodoxie politique et institutionnelle.

Une question qui dépasse la procédure

À quelques semaines de la fin du mandat de Kaba Nialé, la gestion de cette transition s’annonce délicate. Elle posera inévitablement la question du rapport de force au sein de l’UEMOA, mais aussi de la capacité des États membres à dépasser les antagonismes bilatéraux pour préserver l’intérêt collectif régional.

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