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Ve République au Togo : Trois mois sans gouvernement, le pays en quête de stabilité
Depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle Constitution et le passage au régime parlementaire, le Togo traverse une phase critique. Trois mois après la démission de l’ancien gouvernement, le pays reste sans équipe officielle, accentuant un sentiment d’instabilité et d’incertitude. Au cœur de cette crise, les Togolais, confrontés à des défis économiques et sociaux majeurs, attendent des réponses claires et une gouvernance efficace. Mais la complexité du passage à la Ve République semble freiner la formation d’un gouvernement stable, plongeant la nation dans un suspense politique aux conséquences lourdes.

Trois mois après la démission du gouvernement précédent, le pays demeure sans nouvelle équipe gouvernementale formellement installée. Le président du conseil des ministres, Faure Essozimna Gnassingbé, premier à occuper cette fonction depuis la mise en place du régime parlementaire, peine à constituer son cabinet. Ce vide prolongé suscite inquiétudes et critiques, tant chez les citoyens que chez les experts politiques.
Un flou institutionnel qui alimente les doutes
Alors que l’équipe sortante assure la gestion des affaires courantes, plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer l’absence d’un gouvernement stable et pleinement légitime. Pour Dr Jean Emmanuel Gnagnon, président du Mouvement togolais pour la Restauration, cette situation est symptomatique des « pannes techniques » liées à la transition.
Il souligne notamment le manque de contrôle effectif sur l’action gouvernementale, alors que le régime parlementaire exige que le gouvernement expose son programme devant l’Assemblée nationale, ce qui n’a pas encore eu lieu. Ce flou organisationnel nourrit un sentiment de frustration et d’incertitude croissante dans le pays.
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Une transition trop précipitée ?
Pour certains observateurs, la transition vers la Ve République a été menée dans la précipitation, sans un véritable consensus national. Le sociologue Komi Waklatsi estime que le parti au pouvoir a privilégié ses intérêts en accélérant le changement de régime, sans suffisamment préparer la société civile ni instaurer de véritables concertations.
Cette approche aurait fragilisé la stabilité politique, rendant difficile la formation d’un gouvernement d’union nationale capable de rassembler l’ensemble des forces vives du pays.
Vers un gouvernement d’unité nationale ?
Les discussions pour constituer une nouvelle équipe gouvernementale se poursuivent, comme l’a confirmé Gilbert Bawara, ministre de la Réforme du service public. Selon lui, ce futur gouvernement marquera le début de la première législature sous la Ve République et devra refléter la diversité et la cohésion nationales.
Cette volonté d’ouverture se traduit notamment par la nomination de dix sénateurs issus de l’opposition, sur un total de vingt désignés par le président du conseil des ministres, dans le cadre du nouveau Sénat bicaméral.
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Une opposition radicale qui refuse le nouveau régime
Cependant, une partie de l’opposition reste farouchement opposée à la Ve République, la qualifiant d’« imposture » née d’un « coup d’État constitutionnel ». La coalition Dynamique Monseigneur Kodzro (DMK) rejette la légitimité des nouvelles institutions et refuse de participer à un gouvernement issu de ce cadre.
Pour cette frange radicale, le retour à l’ancienne Constitution de 1992, amendée, demeure la seule issue acceptable. Ce refus complique encore davantage la formation d’une majorité stable au sein de l’Assemblée nationale.

Une stratégie politique suspectée
Certains analystes voient dans le retard prolongé la formation du gouvernement une manœuvre délibérée du pouvoir. Le politologue Madi Djabakaté estime que ce délai est avant tout une stratégie pour consolider le contrôle sur les postes clés et étouffer les contestations, notamment après les manifestations meurtrières de juin dernier.
Pour l’opposition radicale, intégrer un gouvernement sans garanties solides constituerait une trahison, exacerbant le dilemme politique actuel.
Une population en attente face aux difficultés économiques
Sur le plan social, la population togolaise reste fragilisée par une inflation galopante, des inégalités persistantes et une croissance économique insuffisamment redistributive. Malgré un taux de croissance moyen de 6,1 % entre 2021 et 2023, selon la Banque mondiale, la pauvreté ne recule pas assez vite.
Les récents épisodes de contestation ont fait plusieurs victimes, cristallisant la colère populaire et soulignant le besoin urgent de réponses concrètes. Le silence prolongé du président du conseil des ministres et le blocage politique sont perçus comme des freins majeurs à l’amélioration des conditions de vie.
Un entrepreneur, sous couvert d’anonymat, témoigne de ce climat : « Beaucoup attendent un gouvernement capable de présenter un programme clair et de répondre aux urgences socio-économiques. L’actuel gouvernement démissionnaire ne peut plus assumer cette mission. »
Conclusion : une Ve République à la croisée des chemins
Le Togo est à un tournant crucial de son histoire politique. Si la Ve République promet une nouvelle dynamique institutionnelle, elle se heurte aujourd’hui à des attentes fortes et à des improvisations qui freinent sa mise en œuvre.
La formation rapide d’un gouvernement stable, capable de rassurer et d’agir, apparaît plus que jamais indispensable pour restaurer la confiance et impulser une nouvelle ère de stabilité et de progrès.
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