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Crise de l’eau au nord du Togo : la région de la Kara confrontée à une situation alarmante
La région de la Kara traverse une période critique en matière d’accès à l’eau potable. Depuis plusieurs mois, une pluviométrie anormalement faible perturbe l’équilibre hydrique de cette partie septentrionale du Togo, mettant à rude épreuve des infrastructures déjà fragilisées et poussant les autorités à revoir en urgence leur stratégie d’approvisionnement.
Un déficit pluviométrique aux conséquences visibles
Depuis le début de l’année, les précipitations se font rares dans le nord du pays. Cette rupture avec les cycles climatiques habituels, particulièrement marquée en septembre, a empêché le rechargement normal des nappes phréatiques et des retenues d’eau. La saison sèche s’est installée plus tôt que prévu, entraînant l’assèchement progressif de nombreuses sources alternatives utilisées par les populations.
Dans la ville de Kara et ses environs, cette situation se traduit par une pression accrue sur l’accès à l’eau potable, devenue plus que jamais une ressource sous tension.
Le barrage de la Kozah enregistre un niveau inédit
Pilier de l’alimentation en eau potable des préfectures de la Kozah, de la Doufelgou et de la Binah, le barrage de la Kozah joue un rôle stratégique depuis sa mise en service en 1979. Habituellement, l’ouvrage affiche un niveau satisfaisant à la fin de chaque saison pluvieuse.
Cette année, la tendance s’est brutalement inversée. Le niveau du barrage est tombé sous la barre des huit mètres, contre environ seize mètres à la même période l’an dernier. Une situation jamais observée depuis la construction de l’infrastructure, avec pour conséquence directe une chute significative de la production d’eau potable.
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Une production d’eau en forte baisse
La capacité quotidienne de production est passée d’environ 11 000 m³ à près de 4 500 m³, soit une réduction de près de 40 %. Cette baisse s’explique non seulement par le faible niveau de la retenue, mais aussi par des facteurs aggravants : températures élevées favorisant l’évaporation, croissance démographique soutenue et assèchement des sources secondaires, qui concentrent désormais la demande sur le barrage de la Kozah.
Une réponse gouvernementale articulée autour de l’urgence
Face à la montée des tensions, les autorités togolaises ont engagé une réponse progressive, combinant solutions immédiates et renforcement de l’offre à moyen terme. La première mesure a consisté à remettre en service des forages existants dans les zones urbaines et périurbaines.
Une cinquantaine de forages équipés de pompes à motricité humaine ont ainsi été ciblés à Kara, Niamtougou et Pagouda. Les opérations incluent la réhabilitation technique des ouvrages et leur raccordement au réseau de la Togolaise des eaux (TdE). À ce jour, près de la moitié de ces forages ont été récupérés, certains étant transformés en points d’eau autonomes pour desservir les quartiers périphériques.
De nouvelles infrastructures pour renforcer l’offre
Parallèlement, un programme de création de nouvelles capacités est en cours. Il prévoit la réalisation de 150 forages d’adduction d’eau potable dans les zones urbaines et semi-urbaines de la région. Les études géophysiques ont permis d’identifier les sites les plus prometteurs et les travaux ont déjà démarré. En l’espace d’une semaine, une quinzaine de forages ont été réalisés, illustrant l’accélération des efforts sur le terrain.
Vers une stratégie durable face au changement climatique
Au-delà de la gestion immédiate de la crise, le gouvernement togolais entend anticiper les effets durables du changement climatique. Plusieurs projets structurants sont à l’étude, notamment la construction d’un barrage polyvalent sur le fleuve Kara à Sarakawa, la mobilisation des ressources de la cascade de Sara à Bafilo, ainsi que l’implantation d’un barrage doté d’une unité de traitement compacte.
Des réformes techniques sont également envisagées, comme la modernisation et la sectorisation du réseau de distribution pour améliorer la desserte urbaine, ou encore l’autonomisation des grands consommateurs d’eau – hôpitaux, université, casernes – à travers des forages industriels dédiés.
Un appel au civisme des populations
Dans l’immédiat, les autorités appellent les populations à un usage responsable de l’eau potable. Les pratiques de gaspillage, telles que l’arrosage excessif, le lavage des véhicules ou le remplissage de piscines, sont fortement déconseillées en cette période de stress hydrique.
Les usagers sont également invités à signaler toute fuite ou anomalie sur le réseau en contactant la TdE via le numéro vert gratuit 8994. Une vigilance collective, associée aux efforts institutionnels, sera déterminante pour permettre à la région de la Kara de traverser cette crise hydrique sans précédent.
