Actualités
Togo / Manifestation : Le pasteur Daglo-Agbodo arrêté pour un message WhatsApp ,Le pouvoir craint-il les prophètes ?
Dans un Togo traversé par une série de manifestations populaires et une répression sécuritaire de plus en plus critiquée, l’arrestation du pasteur Daglo-Agbodo Koffi, le 25 juin 2025, vient rallonger la liste des citoyens inquiétés pour avoir simplement exprimé leurs opinions. Selon le Mouvement Martin Luther King (MMLK), l’homme de foi est actuellement détenu au Service Central de Recherches et d’Investigations Criminelles (SCRIC) à Lomé.

Il est reproché au pasteur d’avoir tenu des propos jugés « subversifs » dans un groupe WhatsApp. Une accusation de plus en plus récurrente au Togo, où les plateformes numériques deviennent des espaces à hauts risques dès lors qu’on y critique la gouvernance.
Silence imposé, famille inquiète
Depuis son interpellation, les proches du pasteur Daglo-Agbodo sont restés sans nouvelles pendant plusieurs jours. Ce n’est qu’après d’intenses recherches que sa famille a pu le localiser au SCRIC. Le flou entourant son arrestation et son isolement durant cette période témoignent d’une procédure opaque, aux antipodes des garanties judiciaires fondamentales.
Dans une note adressée aux responsables religieux du pays, le MMLK a tiré la sonnette d’alarme :
« Le MMLK, la VOIX DES SANS VOIX, informe le corps pastoral du Togo de la situation dans laquelle se trouve notre collègue et estime qu’il faille des démarches solidaires pour sa libération. »
Lire aussi : Togo / CEPD 2025 : les résultats disponibles ce 3 juillet à 21h , voici comment consulter !
L’organisation dirigée par le pasteur Edoh Komi appelle à une mobilisation fraternelle, spirituelle mais également civique, pour défendre la liberté de conscience et d’expression, même quand elle émane d’un homme de Dieu.
L’accusation de trouble à l’ordre public : une arme politique ?
L’affaire du pasteur Daglo-Agbodo illustre une tendance préoccupante : l’instrumentalisation du chef d’accusation de « trouble à l’ordre public » pour museler toute voix critique. Selon les autorités, ses propos pourraient « porter atteinte à la sûreté de l’État ». Pourtant, aucune preuve n’a été rendue publique à ce jour, et les messages en question n’ont pas été présentés dans leur intégralité.
De nombreux observateurs y voient une criminalisation de la parole privée dans un climat où les libertés fondamentales sont déjà très restreintes. La situation est d’autant plus alarmante qu’elle intervient dans le sillage d’une vague de manifestations violemment réprimées fin juin, ayant fait au moins sept morts, selon plusieurs sources de la société civile.

Une solidarité religieuse appelée à se manifester
Face à cette situation, le MMLK a choisi de briser le silence. Il appelle les leaders religieux du pays à se mobiliser, non seulement dans la prière mais également à travers des actions concrètes, pour exiger la libération du pasteur Daglo-Agbodo.
Le silence complice de certains acteurs religieux est de plus en plus dénoncé, dans un pays où la foi joue un rôle social structurant, mais où les prises de position restent rares face aux abus du pouvoir. Cette affaire pourrait marquer un tournant, en posant clairement la question : le clergé togolais acceptera-t-il indéfiniment la répression silencieuse de ses membres ?
Un test pour l’État de droit
Le cas du pasteur Daglo-Agbodo ne saurait être réduit à un simple fait divers. Il s’agit d’un test pour l’État de droit au Togo. Dans une démocratie, la liberté de croyance, d’opinion et d’expression ne saurait être limitée par la peur de représailles. Si des propos sont jugés inappropriés, c’est à la justice de les évaluer dans un cadre équitable, transparent et contradictoire.
Or, l’arrestation en catimini, la détention sans accès à un avocat, l’isolement et le silence officiel autour du dossier rappellent davantage les pratiques d’un État autoritaire que celles d’une République démocratique.
Une affaire qui dépasse un homme
Ce que révèle l’affaire Daglo-Agbodo, c’est avant tout la crispation du régime face à toute dissidence, même lorsqu’elle s’exprime de manière spirituelle ou privée. Le Togo traverse une période de forte tension politique, et chaque arrestation de ce type attise les braises d’une colère populaire déjà bien allumée.
La balle est désormais dans le camp des autorités. Libérer le pasteur serait un signe d’apaisement. Le maintenir derrière les barreaux, c’est choisir la voie de l’intimidation et du durcissement, au détriment du dialogue et du respect des droits humains.
Rejoindre notre communauté WhatsApp pour ne rien manquer.
Rejoignez notre communauté télégramme pour ne rien manquer.

