Economie
Togo : les banques mises à nu par la BCEAO, voici la source de la faiblesse de l’économie nationale
Le système bancaire togolais traverse une période de fortes tensions. Les dernières statistiques publiées par la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) révèlent une dégradation rapide de la qualité des portefeuilles bancaires au Togo, alimentant les inquiétudes autour du financement de l’économie nationale.
Selon les données de l’institution régionale, le taux de dégradation brut du portefeuille des banques togolaises est passé de 7,2 % en février 2025 à 13,5 % en février 2026. En l’espace d’une année, ce taux a presque doublé, traduisant une hausse importante des difficultés de remboursement des crédits accordés aux entreprises et aux particuliers.

Cette évolution place le Togo parmi les pays les plus touchés de l’espace Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) en matière de progression des créances en souffrance.
Des créances douteuses en forte hausse
Les chiffres publiés par la BCEAO montrent également une explosion du volume des créances douteuses. En valeur absolue, celles-ci sont passées de 171,5 milliards de Fcfa en février 2025 à 318,2 milliards de Fcfa en février 2026.
Cette augmentation de 85 % constitue la progression la plus rapide observée dans l’ensemble de l’Union monétaire ouest-africaine sur la période étudiée.
Les créances en souffrance correspondent aux prêts dont les remboursements accusent d’importants retards ou présentent des risques élevés de non-recouvrement. Une telle hausse est généralement perçue comme un indicateur de fragilité économique, puisqu’elle traduit les difficultés financières rencontrées par les emprunteurs.
Pour plusieurs observateurs du secteur financier, cette situation illustre les tensions qui affectent actuellement l’économie togolaise, notamment dans les secteurs du commerce, des services et des petites et moyennes entreprises.
Un recul inquiétant des garanties bancaires
Autre indicateur préoccupant : la baisse du taux de couverture des créances douteuses. Celui-ci est passé de 63,9 % à 42,3 % en un an.
Concrètement, ce taux mesure la capacité des banques à provisionner ou à couvrir les risques liés aux crédits non remboursés. Une diminution aussi importante signifie que les établissements financiers disposent désormais de marges de sécurité plus faibles face aux pertes potentielles.
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Cette situation pourrait accroître la vulnérabilité du secteur bancaire si les défauts de paiement continuaient à progresser dans les prochains mois.
Pour certains analystes, ce recul traduit également la difficulté croissante des banques à absorber le choc économique tout en maintenant leurs activités de financement.
Une chute brutale du crédit à court terme
Deux facteurs principaux expliquent cette dégradation du portefeuille bancaire togolais.
Le premier concerne la forte contraction du crédit à court terme. Les données de la BCEAO indiquent que les utilisations de crédits sont passées de 292 milliards de Fcfa en novembre 2025 à seulement 148 milliards de Fcfa en janvier 2026.
En deux mois, le volume des financements à court terme a ainsi chuté de près de 50 %.
Cette baisse brutale pourrait traduire une plus grande prudence des banques face aux risques de non-remboursement. Les établissements financiers semblent désormais plus réticents à accorder des crédits, notamment aux entreprises jugées vulnérables.
Or, dans une économie où de nombreuses activités commerciales dépendent fortement du financement bancaire, un ralentissement du crédit peut rapidement affecter la trésorerie des entreprises, freiner les investissements et réduire les capacités de production.

Le coût élevé du crédit pointé du doigt
Le second facteur évoqué par les spécialistes concerne le coût relativement élevé des crédits au Togo.
Le taux moyen pratiqué par les banques atteint actuellement 7,51 %, un niveau supérieur à celui observé dans plusieurs autres pays de l’UEMOA.
Pour les entreprises comme pour les particuliers, des taux d’intérêt élevés rendent les remboursements plus difficiles, surtout dans un contexte marqué par la hausse des charges d’exploitation, le ralentissement de certaines activités économiques et les tensions sur le pouvoir d’achat.
Les petites entreprises, souvent peu capitalisées, apparaissent comme les premières victimes de cette situation. Beaucoup rencontrent des difficultés à renouveler leurs stocks, financer leurs opérations ou honorer leurs engagements financiers.
Cette combinaison entre raréfaction du crédit et coût élevé des emprunts contribue à fragiliser davantage le tissu économique national.
Des banques toutefois solides en liquidités
Malgré ces signaux inquiétants, la situation du système bancaire togolais ne semble pas totalement critique.
Les statistiques de la BCEAO montrent en effet que les banques du pays disposent de 166,3 milliards de Fcfa de réserves auprès de la Banque centrale, soit un excédent de 92,1 milliards par rapport aux réserves obligatoires exigées.
Cette importante marge de liquidité témoigne d’une certaine solidité structurelle du système bancaire togolais. Les établissements financiers disposent encore de ressources importantes et restent globalement capables de faire face à leurs obligations.
Cependant, cette prudence suscite aussi des interrogations.
Un système bancaire prudent mais peu dynamique
Pour plusieurs économistes, les banques togolaises privilégient aujourd’hui une stratégie de sécurisation des liquidités plutôt qu’une politique agressive de financement de l’économie.
Autrement dit, les établissements financiers préfèrent conserver leurs ressources plutôt que de prendre davantage de risques en accordant des crédits.
Cette attitude prudente peut se comprendre dans un contexte de hausse des créances douteuses. Mais elle possède également des conséquences sur l’activité économique, notamment pour le secteur privé qui a besoin de financements pour relancer les investissements et soutenir la croissance.
Le paradoxe togolais réside ainsi dans l’existence d’un système bancaire disposant encore de liquidités importantes, mais hésitant à les injecter massivement dans l’économie réelle.
Pour les acteurs économiques, l’enjeu des prochains mois sera donc de restaurer la confiance entre les banques et les emprunteurs afin d’éviter un ralentissement plus marqué des activités économiques.
Face à cette situation, plusieurs observateurs appellent à des mécanismes de soutien aux entreprises, à une amélioration de l’environnement des affaires et à une politique de crédit plus adaptée aux réalités économiques actuelles.
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