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Togo : la presse allemande alerte sur la répression brutale des manifestations et la dérive autoritaire du régime Gnassingbé

Togo : Vers une nouvelle forme de lutte politique ?

Alors que le Togo s’enfonce dans une grave crise politique, les manifestations citoyennes contre le pouvoir en place prennent une ampleur sans précédent. La presse allemande, notamment Tageszeitung (Taz), a consacré un long article à la situation dramatique qui prévaut dans le pays, dénonçant sans ambages une dictature familiale enracinée depuis plus de six décennies. L’article signé Christoph Nix revient sur les récents événements qui ont vu les forces de sécurité togolaises réprimer violemment des manifestants pacifiques à Lomé et dans d’autres villes du pays.

CSAF

Depuis le 26 juin 2025, de nombreuses manifestations ont été organisées par des activistes, blogueurs et jeunes opposants au changement constitutionnel. Ces rassemblements ont été étouffés dans le sang : blindés dans les rues, arrestations arbitraires, passages à tabac de civils, et exécutions extrajudiciaires sont devenus monnaie courante. D’après des ONG locales, au moins sept corps ont été retrouvés dans la lagune de Bè, tandis que des dizaines de blessés et plus de 60 arrestations ont été recensés. Le gouvernement, lui, crie à la « désinformation ».

La réforme constitutionnelle qui fait déborder la colère

L’un des catalyseurs de cette révolte populaire est la révision constitutionnelle d’avril 2024. Ce changement majeur, voté sans débat par un parlement entièrement dominé par le parti au pouvoir, transfère le pouvoir exécutif du président de la République vers un « président du Conseil ». Dans les faits, cela permet à Faure Gnassingbé de se maintenir indéfiniment au pouvoir, désormais sans élection populaire.

Le 3 mai 2025, Faure Gnassingbé est devenu président du Conseil, un poste cumulant les prérogatives du chef de l’État et de chef suprême des armées, sans mandat électoral. Le président de la République, désormais élu par le parlement, n’a plus qu’un rôle symbolique. Jean-Lucien Savi de Tové, ancien prisonnier politique âgé de 86 ans, a été désigné pour ce poste purement honorifique.

Réactions et inquiétudes internationales

L’article de la Taz souligne la responsabilité historique de l’Allemagne vis-à-vis du Togo, ancienne colonie allemande. Bien que Berlin ait suspendu son aide au développement en 1993, elle l’a reprise en 2006. Aujourd’hui, plusieurs observateurs s’interrogent sur le rôle ambigu de certaines institutions allemandes, comme la fondation Hans-Seidel-Stiftung (proche de la CSU en Bavière), qui continue de financer des activités politiques du parti au pouvoir au Togo.

Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson, figure de l’opposition, n’a cessé d’alerter sur la dérive autoritaire du régime et sur le danger d’un retour à la torture dans les centres de détention. Elle appelle la communauté internationale à ouvrir les yeux sur ce qui se passe au Togo, et invite les Togolais à se mobiliser malgré la répression féroce.

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Le cas Aamron : une illustration glaçante

Le cas du jeune rappeur engagé Aamron (Essowè Tchalla) a profondément choqué l’opinion. Enlevé le 26 mai 2025 après avoir appelé à manifester contre le régime, il a disparu des radars jusqu’à la diffusion, le 5 juin, d’une étrange vidéo où il s’excusait publiquement et déclarait être interné dans un centre psychiatrique. Relâché le 21 juin, il a depuis publié un message émouvant dans lequel il affirme s’être volontairement sacrifié pour éveiller les consciences de la jeunesse togolaise. « Je me suis offert en martyr, pour que nos enfants aient le courage de se lever », a-t-il écrit.

Un pays à la croisée des chemins

Le Togo est aujourd’hui le dernier pays d’Afrique de l’Ouest à subir une dictature familiale ininterrompue depuis 1967. Le règne d’Éyadéma père, instauré par un coup d’État, s’est poursuivi sans transition avec celui de son fils Faure, qui semble avoir verrouillé tous les leviers du pouvoir. Les dernières décisions politiques, comme la révision constitutionnelle, ont fini de convaincre une majorité de Togolais qu’il ne reste plus d’espace démocratique libre dans le pays.

Le bras de fer entre le régime et le peuple togolais s’intensifie. Si l’opposition reste fragmentée, elle semble désormais s’unir autour d’un objectif commun : en finir avec le règne sans fin des Gnassingbé. La presse allemande, par la voix de Taz, contribue à relayer cette voix étouffée et à internationaliser un combat qui, jusqu’ici, peinait à sortir des frontières togolaises.

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