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Togo : Gilbert Bawara justifie la répression, la stabilité vaut plus que la liberté ?
Dans un entretien accordé au journal français Le Point Afrique, le ministre togolais de la Fonction publique, Gilbert Bawara, revient longuement sur les récentes manifestations qui ont secoué le pays, notamment fin mai et fin juin 2025. Dans un contexte de durcissement sécuritaire et de contestation de la réforme constitutionnelle controversée adoptée en avril, Bawara assume sans détour la ligne répressive adoptée par les autorités. Il rejette les accusations de violences excessives et de disparition forcée, tout en accusant les instigateurs des troubles d’être manipulés depuis l’extérieur.

Entre justification sécuritaire et déni des responsabilités
Selon Bawara, les événements des 5, 6, 26, 27 et 28 juin ne relèvent pas de simples manifestations citoyennes, mais d’« actes séditieux » fomentés par des cyberactivistes, des artistes et des opposants exilés. Il affirme que les forces de sécurité ont agi dans un cadre légal pour préserver l’ordre public, face à ce qu’il qualifie de « volonté délibérée de déstabilisation ». Cette version est loin de convaincre les organisations de la société civile et les observateurs internationaux, qui dénoncent des dérives autoritaires et une répression sans précédent.
Bilan humain contesté et accusations de manipulation
À la question sur l’écart entre les chiffres officiels (5 morts) et ceux avancés par les ONG (7 morts, dont des mineurs), Bawara relativise et évoque une opération de désinformation massive, avec usage d’images trafiquées et de fausses vidéos. Il concède néanmoins l’ouverture d’une enquête judiciaire, tout en mettant en doute l’existence des deux autres décès signalés. Loin d’envisager une quelconque faute de l’État, il défend les forces de sécurité et détourne l’attention vers la « responsabilité des fauteurs de trouble ».
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L’affaire Aamron : entre interpellation et atteinte aux droits humains
L’interview aborde également le cas du rappeur engagé Aamron, arrêté brutalement et interné en psychiatrie pendant près d’un mois, sans mandat judiciaire. Une pratique assimilée par de nombreux défenseurs des droits humains à une disparition forcée. Le ministre, lui, parle d’« interpellation » et nie toute irrégularité. Il minimise la gravité de l’affaire et reproche au rappeur son « outrance verbale » et sa « campagne de désinformation ». Une réponse qui ne convainc pas ceux qui s’inquiètent d’une instrumentalisation de la psychiatrie pour faire taire les voix dissidentes.
Réforme constitutionnelle : entre promesses de stabilité et consolidation du pouvoir
Face aux critiques sur l’absence de référendum pour entériner le changement de régime et le maintien de Faure Gnassingbé au sommet de l’État, Bawara botte en touche. Il justifie la réforme par un besoin de stabilité et de rationalisation électorale, et présente la nouvelle Constitution comme un modèle démocratique. Pourtant, dans les faits, l’absence d’alternance et le verrouillage de l’espace politique alimentent le sentiment de confiscation du pouvoir.

Une vision autoritaire de la paix sociale
Pour le ministre, l’État ne saurait tolérer la rue comme lieu d’expression politique. Il considère que la stabilité doit primer sur les libertés publiques, que la liberté de manifester a des limites, et que la frustration populaire ne peut justifier les troubles. Cette conception de l’ordre, davantage répressive que dialogique, illustre une posture autoritaire bien ancrée, où la contestation est criminalisée et la critique assimilée à de la subversion.
Vers un dialogue impossible ?
Dans un pays marqué par des décennies de gouvernance par la force, les déclarations de Bawara confirment une logique de fermeture. Si le ministre affirme que l’écoute est possible, dans les faits, toute voie de contestation – politique, sociale ou artistique – semble vouée à la répression. L’interview révèle une gouvernance sourde aux appels à la réforme démocratique et obsédée par le maintien du pouvoir sous couvert de stabilité.
Conclusion : le Togo à la croisée des chemins
L’entretien de Gilbert Bawara met en lumière un Togo de plus en plus verrouillé, où l’autorité prime sur le droit, et où l’État instrumentalise le discours sécuritaire pour faire taire toute forme de dissidence. Dans cette posture, peu de place est laissée à la société civile, à l’opposition, ou même aux simples citoyens. Le Togo avance, selon les autorités. Mais à quel prix démocratique ?
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