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Espagne : Le gouvernement veut graver le droit à l’avortement dans la Constitution
La question de l’avortement est revenue au cœur du débat politique en Espagne après une décision controversée de la mairie de Madrid. Le 30 septembre 2025, la capitale, dirigée par le Parti Populaire (PP, droite), a validé une proposition de l’extrême droite visant à imposer aux services médicaux l’obligation d’informer les femmes souhaitant interrompre leur grossesse de l’existence d’un supposé « syndrome post-avortement ».
Selon le texte adopté, ce syndrome entraînerait des risques de dépendance à l’alcool et aux drogues, des pensées suicidaires, voire une augmentation des cancers. Mais ces affirmations n’ont aucun fondement scientifique. Le maire de Madrid, José Luis Martínez-Almeida (PP), a finalement reconnu le 2 octobre que ce syndrome n’était pas une « catégorie scientifique reconnue », garantissant que l’information ne serait pas rendue obligatoire.
La riposte du gouvernement de Pedro Sánchez
Face à cette controverse, le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez a vivement réagi. Sur le réseau X, il a accusé le PP d’avoir « décidé de fusionner avec l’extrême droite » et a annoncé qu’il proposerait au Parlement l’inscription du droit à l’avortement dans la Constitution.
L’initiative, déjà évoquée par l’extrême gauche, partenaire de coalition du gouvernement, en mars 2024, trouve un nouvel écho dans ce climat tendu. L’Espagne entend ainsi suivre l’exemple de la France, premier pays au monde à avoir inscrit explicitement le droit à l’IVG dans sa Constitution en 2024.
Un projet difficile à concrétiser
Malgré cette volonté affichée, une réforme constitutionnelle en Espagne demeure complexe. Elle nécessite une majorité qualifiée des trois cinquièmes au Parlement, ce qui suppose le soutien de la droite, peu encline à valider une telle avancée.
En attendant, l’Espagne reste considérée comme une référence européenne en matière de droits des femmes : l’interruption volontaire de grossesse y a été dépénalisée en 1985 puis légalisée en 2010. Toutefois, le droit à l’avortement continue de se heurter à des obstacles, notamment l’objection de conscience pratiquée par de nombreux médecins dans les hôpitaux publics, obligeant certaines femmes à parcourir des centaines de kilomètres pour accéder à une IVG.
Un enjeu de société majeur
Dans un pays marqué par une forte tradition catholique, la question de l’avortement divise encore profondément. Pour le gouvernement de gauche, l’inscrire dans la Constitution permettrait de le protéger durablement contre d’éventuelles remises en cause. Mais la bataille s’annonce longue et difficile sur le plan politique.
