actualité
Vincent Bolloré renvoyé devant la justice pour corruption au Togo : les révélations autour du port de Lomé
Après plus de treize années d’investigations judiciaires, l’affaire connaît un tournant majeur. Ce jeudi 19 mars 2026, les juges d’instruction à Paris ont décidé de renvoyer l’homme d’affaires Vincent Bolloré devant le tribunal correctionnel. Il devra répondre d’accusations de « corruption d’agent public étranger » au Togo ainsi que de « complicité d’abus de confiance » concernant des faits liés au Togo et à la Guinée.

Les éléments retenus par la justice
Le procès est programmé du 7 au 17 décembre 2026. Ce dossier met en lumière des enjeux importants, notamment en lien avec le port de Lomé, la présidentielle togolaise de 2010 et certaines relations entre pouvoir politique et intérêts économiques.
Âgé de 73 ans, Vincent Bolloré est mis en cause pour son implication présumée dans les activités de l’agence de communication Euro RSCG (devenue Havas), appartenant à son groupe. Cette agence aurait participé à la campagne présidentielle de Faure Gnassingbé en proposant des prestations à des tarifs anormalement bas.
En contrepartie, les autorités togolaises auraient favorisé les intérêts du groupe Bolloré, notamment à travers le renouvellement de la concession du port de Lomé et l’octroi d’avantages fiscaux.
LIRE AUSSI : Togo : alerte sur une arnaque liée à la « bénédiction du Ramadan »
Les faits suspectés se seraient produits entre 2009 et 2011, aussi bien en France, au siège du groupe situé à Puteaux, qu’au Togo.
Le port de Lomé au centre de l’affaire
Le port de Lomé occupe une place stratégique majeure en Afrique de l’Ouest. Seul port en eau profonde de la région, il constitue un atout logistique essentiel pour le commerce maritime.
Selon les enquêteurs, la prolongation de sa concession au groupe Bolloré pourrait être liée au soutien apporté lors de la campagne présidentielle de 2010. L’enquête mentionne également le recrutement de Patrick Bolouvi, demi-frère du président togolais, dans une filiale du groupe, une décision perçue par les juges comme servant des intérêts mutuels.
Trois responsables concernés par le procès
Outre Vincent Bolloré, deux anciens cadres du groupe devront également comparaître :
- Gilles Alix, ex-directeur général, poursuivi pour corruption d’agent public étranger et abus de confiance
- Jean-Philippe Dorent, ancien responsable international d’Euro RSCG, accusé de complicité d’abus de confiance
Un mécanisme similaire aurait été observé en Guinée lors de la campagne présidentielle d’Alpha Condé en 2010, même si certains faits ont été jugés prescrits.
Une procédure longue de plus d’une décennie
L’affaire remonte à 2013, après un signalement de TRACFIN concernant des flux financiers suspects. En 2018, Vincent Bolloré est mis en examen. En 2021, une tentative de règlement via une procédure de plaider-coupable échoue, le tribunal estimant les faits trop graves.
En juin 2024, le Parquet national financier demande officiellement un procès. Cette décision est confirmée le 18 mars 2026 par les juges, avant d’être rendue publique le lendemain.
Une défense qui conteste fermement
Les avocats de Vincent Bolloré rejettent ces accusations et dénoncent une atteinte à la présomption d’innocence. Ils estiment qu’un procès équitable est compromis et annoncent faire appel de la décision.
Un recours a également été introduit devant la Cour européenne des droits de l’homme. La défense affirme que les opérations financières en question relevaient d’activités commerciales classiques et transparentes.
Un procès aux enjeux importants pour le Togo
Ce procès représente un moment inédit pour le Togo. C’est la première fois qu’un grand dirigeant économique occidental sera jugé pour des faits liés directement à une élection présidentielle togolaise et à la gestion d’une infrastructure stratégique comme le port de Lomé.
Au-delà des personnes impliquées, l’affaire soulève des interrogations profondes sur les relations entre multinationales et États en Afrique de l’Ouest, notamment dans l’attribution de concessions économiques majeures.
Le débat, longtemps limité aux cercles judiciaires, se déroulera désormais publiquement devant le tribunal correctionnel de Paris à partir de décembre 2026.
Rejoindre notre communauté WhatsApp pour ne rien manquer.

