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Togo : Un 8e corps repêché en plein cœur d’Akodesséwa , le 4e Lac devient un cimetière urbain
Le mardi 15 juillet 2025, aux abords du 4e Lac à Akodesséwa, dans la capitale togolaise, un huitième corps sans vie a été repêché par les sapeurs-pompiers, alertés peu après 11h par des riverains. La victime, un homme vêtu d’un débardeur et d’un pantalon noir, présentait des marques visibles sur le front, laissant penser à un traumatisme crânien. Cette énième découverte macabre plonge une nouvelle fois les habitants de Lomé dans la peur et l’incompréhension, alors qu’aucune explication officielle cohérente n’a encore été fournie par les autorités.

L’identité de la personne retrouvée n’a pas été révélée. Un agent de santé de l’hôpital de Bè a été mandaté pour procéder à un premier constat médical, en attendant qu’une enquête judiciaire soit, éventuellement, ouverte. Mais dans un pays où le silence officiel est souvent la norme, peu de citoyens osent croire à des réponses concrètes.
Une zone urbaine devenue cimetière silencieux
Depuis début juin, les cadavres s’enchaînent autour du 4e Lac. Cette portion de plan d’eau, autrefois considérée comme un simple espace humide au cœur de la ville, est en passe de devenir un symbole sinistre. Huit corps en six semaines : une fréquence anormale qui alimente les pires scénarios dans l’imaginaire collectif. Pour de nombreux habitants, ces décès ne peuvent pas être de simples noyades accidentelles.
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Les témoignages de riverains évoquent des cris entendus de nuit, des mouvements suspects, et surtout, un silence pesant des autorités, qui n’ont pour l’instant rendu aucun rapport d’enquête public malgré l’ouverture formelle d’une procédure « contre X » annoncée début juillet. La justice togolaise semble muette face à une situation qui prend des allures de crise.
Des liens troublants avec les récentes manifestations
Ce nouveau drame intervient dans un contexte politique tendu. Moins d’un mois après les manifestations massives des 26, 27 et 28 juin dernier, violemment réprimées par les forces de l’ordre, plusieurs familles affirment n’avoir toujours aucune nouvelle de leurs proches disparus. Certains corps repêchés pourraient correspondre à ces personnes, alimentant la thèse de disparitions forcées ou d’exécutions extrajudiciaires, une accusation grave relayée par plusieurs ONG locales et internationales.
Officiellement, deux des précédents cas avaient été classés comme des noyades, une explication largement remise en question par des observateurs indépendants au regard des blessures visibles sur certaines victimes. Face à l’absence de transparence, la défiance envers les autorités judiciaires et sécuritaires ne fait que croître.

Un silence qui inquiète, une confiance en lambeaux
À l’approche des élections municipales prévues pour le 17 juillet, ces affaires non élucidées contribuent à accentuer le climat de méfiance généralisée. Le manque de communication des institutions, couplé à la violence de la répression récente, fait craindre une spirale sécuritaire dans un pays déjà fragilisé sur les plans économique et social.
La société civile réclame une réaction immédiate et une véritable enquête indépendante. Pour Dr. Ekué Gada, responsable du mouvement Citoyens Unis pour l’Intégration (CUI), « ce silence est une gifle à la mémoire des morts et un mépris envers les vivants ». Selon lui, « toute démocratie crédible repose sur une justice transparente et une administration redevable devant le peuple ».
Le 4e Lac, miroir d’un malaise national
Ce lieu autrefois insignifiant est désormais au centre de toutes les inquiétudes. Les habitants évitent ses abords, les commerçants y ferment boutique plus tôt, et les réseaux sociaux s’enflamment à chaque rumeur de nouveau corps retrouvé. Au-delà de l’aspect purement sécuritaire, c’est une fracture politique et morale qui se dessine au Togo.
Tant que les autorités n’apporteront pas de réponses claires et crédibles sur cette série noire, la suspicion restera vive. Les familles endeuillées attendent justice. La population attend la vérité. Et le 4e Lac, silencieux, continue de rendre des corps à un pays qui peine à faire son deuil.
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