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Togo : Le journal « Liberté » convoqué par la HAAC, la liberté de la presse à nouveau sous pression
Le mercredi 2 juillet 2025, le Directeur de publication du quotidien privé Liberté est sommé de se présenter devant la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC). Cette convocation, signée le 2 juillet par Kasséré Pierre Sabi, président du comité des affaires juridiques et de l’accès équitable aux médias publics, fait suite à la parution n°4019 du journal en date du 1er juillet. La HAAC exige du journaliste qu’il se présente à 10h00 au siège de l’institution, muni des « photos originales des images publiées à la Une » ou de tout élément pouvant en prouver l’authenticité. En cause, des visuels jugés sensibles ou problématiques par le régulateur.

Un climat médiatique tendu
Cette nouvelle convocation s’inscrit dans un contexte particulièrement tendu pour les médias togolais. Depuis les manifestations de juin 2025 et la coupure de médias internationaux comme RFI et France 24, les journalistes locaux sont sous pression. Le journal Liberté, connu pour ses positions critiques à l’égard du pouvoir, est régulièrement dans le collimateur de la HAAC. Par le passé, plusieurs de ses publications ont déjà conduit à des suspensions temporaires ou à des avertissements officiels.
Il est à noter que Liberté est l’un des rares quotidiens togolais à oser publier des images ou des informations que d’autres médias préfèrent censurer par crainte de représailles. Cela en fait une cible récurrente dans un environnement où la liberté d’expression est de plus en plus compromise.
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L’exigence de preuves : simple procédure ou intimidation déguisée ?
Dans la convocation, la HAAC insiste sur l’obligation de présenter des preuves matérielles attestant de l’authenticité des photos publiées. Si cette demande peut être interprétée comme une volonté de vérifier l’intégrité des sources visuelles notamment à l’ère des deepfakes et de la désinformation numérique , elle est aussi perçue par de nombreux observateurs comme une tentative d’intimidation et de musellement de la presse indépendante.
Des journalistes et défenseurs des droits de l’homme s’interrogent : s’agit-il réellement de réguler ou d’exercer un contrôle politique sur les contenus critiques ? D’autant que les précédentes convocations de Liberté se sont souvent soldées par des sanctions disproportionnées.
La liberté de la presse à l’épreuve
Cette convocation intervient alors que le Togo continue de dégringoler dans les classements internationaux sur la liberté de la presse. Selon Reporters sans frontières, le pays est classé 116e sur 180 en 2024, en baisse constante ces dernières années. Cette situation découle notamment de l’arsenal juridique restrictif encadrant les médias, de la concentration des médias audiovisuels entre les mains de proches du pouvoir, et d’une HAAC perçue comme peu indépendante.

Les journalistes togolais, notamment ceux de la presse privée, doivent naviguer entre l’autocensure et le risque permanent de sanctions, rendant difficile le travail d’information en toute indépendance.
Un appel à la vigilance démocratique
Jusqu’à présent, la rédaction de Liberté n’a pas réagi publiquement à cette convocation. Mais plusieurs voix dans la société civile appellent à la vigilance et à la solidarité. Le droit à l’information est un pilier fondamental de la démocratie, et toute tentative de le restreindre sous prétexte de régulation doit être dénoncée.
Les professionnels des médias réclament par ailleurs une réforme en profondeur de la HAAC, afin qu’elle cesse d’être un instrument politique et devienne un véritable garant du pluralisme médiatique.

Une presse libre est une presse en danger ?
En toile de fond, cette convocation rappelle que, malgré les discours officiels en faveur de la liberté de la presse, les journalistes togolais continuent de travailler dans un climat de suspicion et de répression rampante. Dans un pays où les manifestations sont violemment réprimées et où les réseaux sociaux sont parfois coupés, les médias indépendants représentent l’un des derniers remparts contre l’arbitraire.
Si le pouvoir cherche à étouffer les critiques en contrôlant l’image que renvoient les médias, il risque de creuser davantage le fossé entre les institutions et la population, avide de vérité, de justice et de transparence.
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