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Mandats présidentiels : Quand l’Afrique de l’Ouest réinvente les Constitutions à sa guise

Mandats présidentiels : Quand l’Afrique de l’Ouest réinvente les Constitutions à sa guise

Une épidémie politique plus contagieuse que les virus eux-mêmes gagne les sphères dirigeantes d’Afrique de l’Ouest : celle des mandats prolongés. Après Faure Gnassingbé et sa Cinquième République taillée sur mesure, voilà qu’Alassane Ouattara relance la machine en Côte d’Ivoire, avec une nouvelle candidature controversée pour un quatrième mandat. L’histoire semble se répéter, mais avec des variantes de plus en plus affinées. Le tout sous les applaudissements, ou le silence gêné, de partenaires occidentaux. Le parallèle entre Lomé et Abidjan questionne les limites des Constitutions africaines… et la patience des peuples.

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Des promesses présidentielles en constante évolution

En 2020, Alassane Ouattara avait pourtant affirmé qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat, se conformant à la limitation constitutionnelle. Cette annonce avait été saluée par la communauté internationale, notamment par le président français Emmanuel Macron, qui avait salué une « décision historique » et qualifié Ouattara de « homme de parole et homme d’État ». Mais quelques mois plus tard, le décès de son dauphin désigné, le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, fut l’argument invoqué pour revenir sur cette décision.

Fait troublant, cette volte-face fut à nouveau saluée par le président Macron, toujours qualifiée de « décision historique »… dans le sens inverse. Ce double discours n’a pas échappé à l’opinion publique africaine, notamment la jeunesse, qui y voit une forme de duplicité diplomatique, et parfois, une validation implicite des pratiques de confiscation du pouvoir.

Le Togo, pionnier de la réforme sur mesure ?

Au Togo, Faure Gnassingbé s’est illustré par un recours à des réformes institutionnelles permettant une longévité au pouvoir sans interruption depuis 2005. En modifiant la Constitution par voie parlementaire, sans référendum populaire, il s’est offert de nouvelles perspectives de mandats sous une Cinquième République récemment proclamée. Cette méthode, bien que légale dans le cadre du dispositif institutionnel togolais, soulève des interrogations sur l’esprit démocratique de la réforme.

Ce précédent semble avoir été observé avec attention ailleurs sur le continent. Certains observateurs estiment que le Togo joue, à sa manière, un rôle de laboratoire politique, dont les mécanismes sont ensuite adoptés, adaptés ou justifiés dans d’autres régimes.

Une jeunesse africaine de plus en plus désabusée

Face à cette tendance à la prolongation des mandats, la jeunesse africaine exprime un profond désenchantement. Sur les réseaux sociaux, dans les tribunes, dans les rues, les jeunes interpellent leurs dirigeants sur la nécessité de promouvoir l’alternance, la responsabilité et la transparence. Ils dénoncent ce qu’ils considèrent comme une instrumentalisation des Constitutions nationales à des fins personnelles ou partisanes.

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La déclaration de Nathaniel Olympio, homme politique togolais, relance ce débat. Dans une publication largement relayée, il s’étonne du parallèle quasi-parfait entre les stratégies de pouvoir observées à Lomé et à Abidjan. « L’exemple du Togo est suivi à la lettre en Côte d’Ivoire », écrit-il, pointant la similitude dans la méthode : modification des textes, évitement du référendum, et légitimation par le discours international.

Vers une normalisation des mandats illimités ?

La question essentielle demeure : jusqu’où ira cette tendance ? Si l’exemple du Togo devient une référence implicite pour d’autres dirigeants africains, l’Afrique de l’Ouest risque d’entrer dans une nouvelle ère de présidences prolongées, à rebours des aspirations populaires et des principes démocratiques défendus sur la scène internationale.

Ce climat renforce l’urgence d’un débat régional sur les limites du pouvoir exécutif, sur la séparation des pouvoirs, et sur le rôle des partenaires étrangers dans l’accompagnement ou la complaisance vis-à-vis de ces glissements.

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