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Togo – BTP : marchés publics sous tension, les acteurs locaux réclament leur part
Au Togo, les entrepreneurs du BTP n’en peuvent plus d’être spectateurs sur leurs propres chantiers. Alors que les grandes infrastructures se multiplient à travers le pays, ce sont encore et toujours les mêmes noms souvent étrangers qui raflent la majorité des marchés publics. En marge de cette course à la construction, les entreprises locales crient leur frustration et leur détermination à changer la donne. Réunis au sein du GNEBTP-Togo, ils lancent un appel fort : il est temps de rééquilibrer les règles du jeu, de renforcer les capacités nationales et de bâtir un avenir économique plus souverain. Leur combat n’est pas simplement une revendication corporatiste : il soulève une question fondamentale pour le développement du pays. Les chantiers d’aujourd’hui peuvent-ils vraiment construire le Togo de demain sans les Togolais ?

Un secteur stratégique, mais déséquilibré
Au Togo, le secteur du Bâtiment et des Travaux Publics (BTP) est en pleine effervescence. Routes, ponts, bâtiments administratifs, écoles ou encore infrastructures énergétiques : les projets d’envergure ne manquent pas. Pourtant, derrière cette dynamique se cache une profonde frustration chez les entrepreneurs nationaux, souvent relégués au second plan dans l’attribution des marchés publics.
Réunis sous la bannière du Groupement National des Entrepreneurs du Bâtiment et des Travaux Publics (GNEBTP-Togo), ces acteurs appellent aujourd’hui à une réforme structurelle pour assurer un accès plus juste aux opportunités économiques offertes par les grands chantiers.
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Des obstacles multiples pour les PME togolaises
Leur diagnostic est clair : l’écosystème du BTP souffre d’un déséquilibre criant. Les entreprises locales pointent du doigt la présence massive de sociétés étrangères qui raflent la majorité des marchés, souvent au détriment des compétences locales.
À cette concurrence perçue comme déloyale s’ajoutent plusieurs freins :
- L’accès limité au financement pour les petites et moyennes entreprises (PME) togolaises ;
- Un déficit de formation technique et managériale ;
- Un cadre réglementaire jugé complexe et peu transparent ;
- La cherté et la rareté des matériaux de qualité ;
- La faible application des normes techniques, compromettant parfois la qualité des ouvrages réalisés.
Un plaidoyer structuré pour des réformes concrètes
Conscient de ces défis, le GNEBTP-Togo ne reste pas les bras croisés. Le groupement a entrepris une série d’initiatives structurantes, visant à faire entendre la voix des acteurs nationaux. Parmi les actions phares :
- Des rencontres de concertation avec les autorités gouvernementales ;
- Un dialogue renforcé avec les partenaires techniques et financiers ;
- La mise en place d’une commission conjointe pour identifier les principaux blocages du secteur.
Pour Yawo Agbéssi Tsogbé, président du groupement, l’enjeu est aussi culturel que technique :
« Dans un environnement marqué par une concurrence acharnée, notre réussite dépend, plus que jamais, d’une synergie forte entre tous les acteurs. La solidarité, la fraternité, l’unité… sont des piliers sur lesquels nous devons bâtir l’avenir. »

Les géants étrangers dominent le marché
Le constat est sans appel : sur le terrain, les grandes entreprises étrangères restent ultra-dominantes. Le burkinabè Ebomaf, le tunisien Soroubat ou encore le chinois CRBC sont devenus des noms familiers dans les appels d’offres publics togolais.
Cette situation crée un sentiment d’exclusion chez de nombreux entrepreneurs locaux, pourtant porteurs de savoir-faire et de solutions adaptées au contexte togolais. Le risque ? Une dépendance accrue aux acteurs extérieurs et une fragilisation du tissu économique national.
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Un repositionnement urgent pour les entreprises locales
Pour les membres du GNEBTP-Togo, le temps de la restructuration a sonné. Ils ne réclament pas une exclusion des entreprises étrangères, mais un rééquilibrage intelligent des parts de marché. Il s’agit, selon eux, de co-construire un modèle plus inclusif, où les PME locales jouent un rôle central dans le développement du pays.
Ce repositionnement s’inscrit pleinement dans la vision gouvernementale en matière de développement durable et de promotion du secteur privé national. La balle est désormais dans le camp des pouvoirs publics, appelés à traduire ce plaidoyer en actes concrets.
Conclusion : un test pour la souveraineté économique
L’avenir du BTP togolais pourrait bien se jouer dans les mois à venir. Le débat lancé par les entrepreneurs locaux ne se limite pas à une question de marchés : il soulève des enjeux de souveraineté économique, de justice contractuelle et de valorisation des talents nationaux.
Ce mouvement, s’il est accompagné avec rigueur et transparence, pourrait amorcer un tournant décisif pour l’économie togolaise.
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