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Projet WURI au Togo : Une avancée contestée , une société sous surveillance ?

Projet WURI au Togo : Une avancée contestée , une société sous surveillance ?

Alors que le gouvernement togolais poursuit activement le déploiement du projet WURI , une lettre ouverte signée par un collectif de citoyens et d’organisations de la société civile vient jeter une lumière critique sur cette initiative. Entre inquiétudes légitimes sur les données personnelles et absence de consultation citoyenne, le projet suscite un débat de fond sur la gouvernance numérique au Togo.

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Un projet ambitieux, mais opaque ?

Le projet WURI (Identification Unique pour l’Intégration et l’Inclusion Régionale en Afrique de l’Ouest), financé par la Banque mondiale, a pour but de doter les populations ouest-africaines d’un identifiant biométrique unique, non lié à la nationalité, destiné à faciliter l’accès aux services sociaux, financiers ou encore de protection sociale. Sur le papier, il s’agit d’un outil moderne de développement et d’inclusion. Mais dans les faits, au Togo, plusieurs acteurs pointent un manque de transparence sur les objectifs réels, les modalités techniques et les implications concrètes du projet.

La lettre ouverte évoque notamment une absence de débat public et d’évaluation indépendante, et dénonce une politique d’imposition plutôt que de consultation. « Le citoyen togolais n’a pas été suffisamment informé ni impliqué », écrivent les signataires, qui regrettent un passage en force dans un domaine aussi sensible que l’identité numérique.

Des inquiétudes sur la protection des données

L’une des préoccupations majeures exprimées dans cette lettre est liée à la gestion des données personnelles, notamment biométriques. Les auteurs s’interrogent : quelles sont les garanties offertes en matière de confidentialité ? Qui aura accès à ces données, et à quelles fins ? Y a-t-il un cadre légal solide pour prévenir les dérives ?

Dans un contexte où la cybersécurité nationale est encore embryonnaire et où les institutions chargées de la protection des libertés individuelles manquent cruellement de moyens, le doute est permis. Le projet WURI risque, selon la lettre, de devenir un « outil de surveillance » s’il n’est pas strictement encadré.

Une inclusion sociale à double tranchant

L’objectif d’inclusion sociale mis en avant par le gouvernement est également remis en question. Pour les auteurs de la lettre, l’identification numérique n’est qu’un instrument : sans politique sociale réelle, elle risque d’aboutir à une exclusion renforcée des plus vulnérables.

Ils soulignent que des milliers de Togolais vivent dans des zones rurales peu connectées, sans accès réel aux services publics. Dans ces conditions, imposer un système d’identification numérique risque de renforcer les inégalités existantes plutôt que de les réduire. « Un outil d’exclusion déguisé en politique d’inclusion », résume un passage.

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Appel à une pause éthique et politique

L’un des points centraux de la lettre est l’appel à un moratoire sur le projet. Les signataires ne rejettent pas l’idée d’une modernisation de l’État civil ou d’une amélioration de l’inclusion sociale par la technologie, mais ils exigent que cela se fasse dans un cadre démocratique, éthique et inclusif.

Ils demandent donc l’organisation d’une large consultation nationale, l’implication de la société civile et des experts indépendants, ainsi qu’une étude d’impact rigoureuse avant toute mise en œuvre à grande échelle.

Un débat qui ne fait que commencer

Le projet WURI, s’il se veut novateur, cristallise des enjeux fondamentaux : rapport entre État et citoyens, usage des technologies, souveraineté numérique, respect des droits fondamentaux. En publiant cette lettre ouverte, ses auteurs relancent un débat crucial sur la modernisation du Togo à l’heure du numérique.

La balle est désormais dans le camp des autorités, qui devront prouver que l’innovation peut rimer avec transparence, respect des libertés et co-construction démocratique. Faute de quoi, WURI risque de devenir un symbole de fracture sociale plutôt qu’un levier d’intégration.

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