Politique
5e République : Dr Gnagnon décrypte la critique implicite du « césarisme » dans l’analyse de Trimua
Dans une longue réflexion publiée le 11 mai 2026 à Lomé, Wonouvo Kossi Gnagnon, enseignant-chercheur à l’Université de Lomé et spécialiste de littérature africaine, propose une lecture approfondie de l’article du juriste Christian Eninam Trimua consacré au « césarisme dans le régime parlementaire togolais ».
Pour Dr Gnagnon, le texte du constitutionnaliste togolais dépasse largement le simple cadre d’une étude académique de droit comparé. Derrière le langage technique et la prudence universitaire, il voit une critique implicite du fonctionnement institutionnel instauré par la Constitution togolaise du 6 mai 2024.
Selon lui, l’article de Trimua démontrerait, sans jamais l’énoncer frontalement, une concentration progressive du pouvoir exécutif au détriment des mécanismes classiques du parlementarisme.

Le « césarisme », au cœur du débat
Dans son analyse, Wonouvo Kossi Gnagnon revient d’abord sur le concept de « césarisme », qu’il présente comme une forme de pouvoir fondée sur la personnalisation extrême de l’autorité autour d’un chef présenté comme providentiel.
Il rappelle que cette notion renvoie historiquement à Jules César mais aussi, dans la tradition politique moderne, à des régimes où les apparences démocratiques servent à consolider un pouvoir centralisé.
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Pour Dr Gnagnon, le simple choix de ce terme par Christian Eninam Trimua n’est pas neutre. Il estime que qualifier le système togolais de « césarisme parlementaire » constitue déjà un jugement politique déguisé sous une terminologie savante.
Une critique « élégante » du nouveau régime institutionnel
L’auteur du compte-rendu soutient que le juriste togolais construit méthodiquement une démonstration mettant en lumière les déséquilibres du nouveau système institutionnel.
Selon cette lecture, l’article décrit un Parlement affaibli, des mécanismes de responsabilité politique neutralisés et un exécutif fortement centralisé autour du Président du Conseil.
Dr Gnagnon insiste particulièrement sur ce qu’il considère comme une stratégie d’écriture indirecte. D’après lui, Trimua évite l’attaque frontale mais utilise les outils du langage académique, des références théoriques et des figures rhétoriques pour faire émerger une critique du régime.
Il affirme ainsi que le constitutionnaliste « démontre plus qu’il n’accuse ».

Une rhétorique du simulacre et de la mise en scène
L’analyse de Dr Gnagnon accorde une large place au style employé dans l’article de Trimua.
Il relève notamment la récurrence de termes évoquant l’apparence, le masque ou le simulacre : « oripeaux parlementaires », « dualisme apparent », « fiction du commandement partagé » ou encore « responsabilité théorique ».
Pour l’universitaire togolais, ce vocabulaire construit progressivement l’idée d’un système où les formes du parlementarisme subsistent mais où la réalité du pouvoir serait concentrée ailleurs.
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Il estime que le texte présente implicitement les institutions togolaises comme un « théâtre constitutionnel » dans lequel certaines structures conservent une fonction symbolique sans véritable pouvoir effectif.
Des références théoriques lourdes de sens
Dr Gnagnon souligne également l’importance des auteurs mobilisés par Christian Eninam Trimua dans son argumentation.
Il cite notamment les références à Max Weber, Carl Schmitt, Alexis de Tocqueville ou encore Karl Loewenstein.
Selon lui, ces références ne sont pas anodines. Elles permettraient de rapprocher le cas togolais de modèles politiques marqués par le pouvoir personnel, le décisionnisme ou encore ce que Tocqueville appelait le « despotisme doux ».
L’auteur estime ainsi que la bibliographie de Trimua fonctionne presque comme « un tribunal intellectuel » convoqué pour juger la nouvelle architecture constitutionnelle togolaise.
Une mise en garde sur l’avenir du constitutionnalisme africain
Au-delà du cas togolais, Dr Gnagnon considère que l’article de Trimua soulève une interrogation plus large sur l’évolution des démocraties africaines.
Selon lui, le juriste met en garde contre une transformation progressive des régimes parlementaires en systèmes hypercentralisés où les contre-pouvoirs deviennent essentiellement symboliques.
Il relève également les passages consacrés à la « monarchisation républicaine » et aux dynasties politiques africaines, que Trimua évoquerait comme un risque structurel pour plusieurs États du continent.
Pour Dr Gnagnon, l’article se termine finalement sur une forme d’avertissement adressé aux juges constitutionnels africains, appelés à préserver l’équilibre institutionnel face à l’expansion du pouvoir exécutif.
Une critique indirecte mais assumée
En conclusion, Wonouvo Kossi Gnagnon estime que le texte de Christian Eninam Trimua appartient à une tradition intellectuelle de « l’écriture oblique », où la critique du pouvoir passe par l’analyse savante, les comparaisons historiques et les subtilités du langage.
Pour lui, l’auteur du texte constitutionnel choisit délibérément la prudence académique pour exprimer des réserves profondes sur la nouvelle organisation institutionnelle togolaise.
Une lecture qui alimente davantage encore le débat autour de la Constitution du 6 mai 2024 et de la nature réelle du régime politique togolais.
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