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BTP au Togo : Les entrepreneurs locaux à genoux sous le poids du régime et des étrangers
Le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP) au Togo traverse l’une des pires crises de son histoire. Marginalisées, étouffées par une fiscalité jugée insoutenable et exclues des grands marchés publics au profit d’opérateurs étrangers, les entreprises locales poussent un cri de détresse. Réunis récemment, les entrepreneurs du Groupement national des BTP (GNEBTP) dénoncent une situation alarmante où corruption, favoritisme et inégalités d’accès aux appels d’offres menacent purement et simplement leur survie. Alors que chez les voisins, l’État accompagne et valorise ses acteurs économiques, au Togo, c’est une tout autre réalité : les entreprises locales agonisent sous le poids d’un système qui semble tourner le dos à ses propres bâtisseurs.
Ces acteurs, qui contribuaient autrefois activement au développement des infrastructures nationales, dénoncent aujourd’hui une marginalisation progressive sur leur propre sol.
Le poids des entreprises étrangères dans les marchés publics
Au cœur des frustrations exprimées par les entrepreneurs togolais se trouve l’envahissement du secteur par des opérateurs étrangers. Ces derniers, souvent mieux financés, mieux structurés et bénéficiant de relations privilégiées avec les décideurs, raflent la majorité des grands chantiers publics.
« Trop de marchés stratégiques échappent aux entreprises togolaises, qui pourtant disposent de l’expertise nécessaire », a déclaré Cyrille Yawo Agbessi Tsogbé, président du GNEBTP. Cette dynamique crée un déséquilibre profond, reléguant les sociétés nationales à un rôle secondaire malgré leur volonté de contribuer au développement du pays.
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Une fiscalité jugée insoutenable
Outre la concurrence étrangère, les entrepreneurs dénoncent un système fiscal rigide, peu adapté à la réalité de leur activité. Selon les témoignages recueillis, les frais imposés aux entreprises qui décrochent un marché sont jugés excessifs.
« Une société qui obtient un contrat d’un milliard après plusieurs années d’inactivité doit verser 25 millions de francs CFA de frais d’enregistrement. C’est un non-sens économique », s’insurge un membre du groupement. Ces charges, combinées à l’absence d’accompagnement structuré, fragilisent encore davantage les entreprises locales.
Procédures opaques et financement inaccessible
Le GNEBTP pointe également du doigt des procédures d’appel d’offres complexes, souvent inéquitables, qui favorisent certains acteurs au détriment de la transparence. Les conditions de financement, elles aussi, ne répondent pas aux besoins des PME locales.
Pour beaucoup d’entrepreneurs, accéder à des crédits bancaires adaptés reste un défi de taille. L’absence de mécanismes publics ou privés réellement adaptés freine toute perspective de modernisation et de compétitivité.
Retards de paiement et accusations infondées
Les entreprises togolaises du BTP sont régulièrement accusées de retards dans l’exécution des travaux ou de mauvaise qualité de réalisation. Cependant, elles estiment que ces critiques omettent les véritables causes structurelles : manque de matériaux disponibles, vétusté des équipements, lenteur dans les paiements de l’État.
Selon elles, les retards constatés sont souvent la conséquence d’un environnement de travail défavorable et non d’un manque de compétence.
L’appel pressant au gouvernement
Face à cette situation alarmante, le GNEBTP appelle les autorités togolaises à agir de toute urgence. Les propositions incluent :
- Un accès plus équitable aux marchés publics,
- Une réforme de la fiscalité adaptée aux PME,
- La mise en place de mécanismes de financement structurés,
- Des mesures incitatives à la modernisation des équipements.
Les entrepreneurs insistent sur la nécessité pour l’État de soutenir ses propres acteurs économiques, à l’image de ce qui se fait ailleurs en Afrique.
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Le contraste avec le Bénin de Patrice Talon
La situation au Togo contraste fortement avec l’exemple voisin du Bénin, où le président Patrice Talon a récemment rencontré les chefs d’entreprises dans une atmosphère conviviale, réaffirmant son engagement en faveur d’un climat des affaires attractif.
Tandis que le Bénin s’affirme comme une vitrine crédible pour l’investissement, le Togo semble plonger ses entrepreneurs dans une lutte pour la survie, minée par des pratiques opaques et une gouvernance jugée défavorable au secteur privé.
Une question de volonté politique
L’agonie des entreprises du BTP au Togo soulève une interrogation de fond : le gouvernement entend-il réellement soutenir ses acteurs économiques nationaux ? Depuis plus de 20 ans, Faure Gnassingbé n’a que rarement initié des dialogues directs avec les entrepreneurs locaux, contrairement à ses homologues de la sous-région.
Pour de nombreux observateurs, cette crise illustre le poids des concussions, de l’affairisme et des passe-droits au sommet de l’État, qui favorisent les intérêts étrangers au détriment de l’économie nationale.
Le salut du secteur passera nécessairement par une réorientation politique forte, où les entrepreneurs togolais, véritables bâtisseurs de l’économie nationale, seront remis au cœur de la stratégie de développement.
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