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Togo : quatre ans après leur radiation, les 119 enseignants licenciés, en pleurs, s’adressent à Faure Gnassingbé

Togo : quatre ans après leur radiation, les 119 enseignants licenciés, en pleurs, s'adressent à Faure Gnassingbé

Ils incarnaient autrefois l’espoir et la transmission du savoir dans les salles de classe togolaises. Quatre ans plus tard, leur quotidien est fait d’incertitude, de débrouille et de désillusion. Les 119 enseignants radiés de la fonction publique en 2022 pour avoir participé à des mouvements de revendication sociale vivent aujourd’hui une réalité marquée par la précarité et l’exclusion.

Une sanction administrative aux lourdes conséquences humaines

En avril 2022, le gouvernement togolais procédait à la radiation de ces enseignants grévistes, évoquant des faits qualifiés de graves, allant de la désobéissance aux troubles en milieu scolaire, en passant par l’incitation à la violence. Une décision qui a mis brutalement fin à leurs carrières dans l’enseignement public et bouleversé leur équilibre familial et social.

Un bras de fer syndical à l’origine de la crise

Ces sanctions sont survenues dans un climat de tension entre les autorités et des enseignants du primaire et du secondaire mobilisés sous la bannière du Syndicat des enseignants du Togo (SET). Le mouvement réclamait de meilleures conditions de travail, notamment des primes de logement, d’éloignement et de mutation, ainsi que l’intégration des enseignants volontaires dans la fonction publique. La légalité du syndicat, contestée par le gouvernement, avait alors cristallisé les divergences.

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L’OIT pointe des irrégularités, mais le blocage persiste

Saisie par le SET, l’Organisation internationale du travail (OIT), à travers son comité de la liberté syndicale, a examiné le dossier lors de sa 349ᵉ session à Genève. L’institution internationale a relevé plusieurs irrégularités procédurales et dénoncé des pressions exercées sur le syndicat, rappelant au passage que l’exécutif n’est pas habilité à statuer sur le caractère légal ou non d’une grève. Une décision perçue par le SET comme un signal favorable à la réhabilitation des enseignants concernés.

Survivre après la craie : la dure reconversion forcée

Sur le terrain, toutefois, les espoirs suscités par cette décision peinent à se concrétiser. Privés de leur emploi, les anciens enseignants se tournent vers des activités de survie : petits commerces, chantiers de construction, démarchage informel. « Du jour au lendemain, tout s’effondre. Il faut manger, nourrir la famille. Alors on accepte n’importe quel travail », confie Denis Koffi Atsou, aujourd’hui reconverti malgré lui.

Pour Ditorga Bayamina, l’épreuve est décrite comme un choc profond. Se disant « anéanti » par la situation, il s’est résolu à devenir démarcheur pour subvenir à ses besoins.

Une détresse morale et professionnelle persistante

Au-delà des difficultés financières, c’est le sentiment d’inutilité qui ronge ces ex-enseignants. « Nous n’avons appris qu’un métier : enseigner », résume avec amertume Kossikan Kossi. Fatigue morale, perte de repères et avenir incertain caractérisent le quotidien de nombreux concernés.

De la contestation à l’appel à la clémence

Aujourd’hui, les revendications ont laissé place à une demande d’indulgence. Les enseignants licenciés se tournent désormais vers le président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, également ministre de la Fonction publique, qu’ils considèrent comme le dernier recours. « Quatre ans après, nous croyons qu’il est le seul à pouvoir trancher », plaide Denis Koffi Atsou.

Reconnaissant certaines erreurs, les intéressés sollicitent une mesure de clémence et une éventuelle réintégration. « Même notre ministère reconnaît notre compétence et notre formation. Nous demandons simplement une seconde chance », insiste Kossikan Kossi.

Une attente suspendue à une décision politique

Alors que le climat social semble marqué par des signaux récents d’apaisement, la question de la réhabilitation des 119 enseignants demeure entière. Quatre années après leur radiation, leur avenir reste incertain, suspendu à une décision politique qui pourrait, à elle seule, changer le cours de leur destin.

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