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Affaire “Tiens Ds Com” au Bénin : La lettre de la petite Mira émeut la nation, mais l’État reste ferme
C’est une lettre de quelques lignes, écrite à la main, avec des mots simples mais lourds de douleur. Goudjo Mira, 10 ans, a bouleversé le Bénin. Le 8 mai 2025, cette élève en cours moyen deuxième année adresse un message poignant au président de la République, Patrice Talon. Elle y implore la libération de ses parents, incarcérés depuis 2022 dans l’affaire « Tiens Ds Com », une affaire judiciaire aux ramifications économiques et sociales complexes. Son cri de détresse, relayé par les réseaux sociaux, est devenu viral, déclenchant un élan de compassion dans tout le pays et au-delà.

“Mes larmes ont trop coulé” : l’appel qui traverse les frontières
Dans son message, Mira décrit sans détour la réalité à laquelle elle et ses frères font face depuis l’arrestation de leurs parents, Goudjo Élisée et Agassou Chantal, condamnés par la Cour de Répression des Infractions Économiques et du Terrorisme (CRIET). Le texte évoque l’arrêt brutal de sa scolarité, les privations du quotidien et surtout l’absence insupportable de ses deux piliers familiaux. « Mes larmes ont trop coulé », écrit-elle, dans un ton désarmant de sincérité, révélant le poids émotionnel d’une justice qui, pour elle, a dévasté une famille entière.
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La réponse du gouvernement : émotion oui, mais pas de dérogation
Face à cette interpellation publique, le gouvernement béninois a réagi. C’est par la voix du porte-parole Wilfried Léandre Houngbédji que l’exécutif a exprimé sa position, saluant la force du message mais affirmant fermement le respect des institutions. « Nous avons entendu son cri de cœur », a déclaré M. Houngbédji lors d’un point presse. Mais il ajoute immédiatement : « Le cri de Mira est celui de beaucoup d’enfants dont les parents sont en détention. Nous le recevons avec toute l’émotion qu’il suscite. Mais il ne saurait faire obstacle à l’État de droit. »
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Un cas qui met en lumière une réalité nationale
En effet, Mira n’est pas seule. Le gouvernement rappelle qu’environ 13 000 personnes sont actuellement détenues dans les prisons béninoises, dont une majorité sont aussi des parents. « Ce n’est pas une exception. Ce que vit Mira, d’autres enfants le vivent aussi, dans l’ombre et le silence », a souligné le porte-parole.

Cette affaire met en lumière le paradoxe entre justice et humanité : comment concilier rigueur judiciaire et compassion dans un État de droit ? Jusqu’où une lettre d’enfant peut-elle infléchir une décision institutionnelle sans créer un précédent contestable ?
L’indépendance judiciaire comme ligne rouge
Le gouvernement se refuse à interférer dans les procédures judiciaires en cours. « S’il y a des faits reprochés, les concernés doivent pouvoir y répondre devant la justice, comme tous les justiciables », rappelle Wilfried Houngbédji, insistant sur l’indépendance de la CRIET. La position de l’État reste donc inflexible : pas de traitement de faveur, même dans les cas émotionnels les plus sensibles.
Une affaire à forte charge symbolique
Ce drame personnel prend une ampleur collective. Il interroge sur les limites de l’émotion dans le débat public, sur les responsabilités de l’État envers les enfants en situation de détresse, et sur la place que doivent occuper les valeurs humaines dans les rouages de la justice.
La lettre de Mira, bien que sans effet juridique immédiat, aura au moins révélé l’ampleur du désarroi social qui se cache derrière les décisions judiciaires. Et si elle ne libère pas ses parents, elle aura peut-être permis de libérer une parole longtemps tue : celle des enfants oubliés par le système.
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