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Une note, mille questions : ce que cache le B+ du Togo

Une note, mille questions : ce que cache le B+ du Togo

Vendredi dernier, l’agence de notation Standard & Poor’s a relevé la note souveraine du Togo, passant de B à B+. Une décision saluée par les autorités togolaises et relayée avec emphase par certains médias internationaux, notamment RFI Afrique. Mais cette hausse, présentée comme une reconnaissance des efforts économiques du gouvernement, suscite la controverse. Pour Nathaniel Olympio, leader politique togolais, cette décision relève davantage d’un exercice de communication que d’une réelle amélioration des fondamentaux économiques.

Une notation en décalage avec la réalité économique ?

Selon Standard & Poor’s, cette révision à la hausse est motivée par l’engagement du Togo à maîtriser son déficit budgétaire ainsi que par les réformes économiques annoncées. Pourtant, plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer une dissonance entre cette appréciation et les réalités du terrain. Nathaniel Olympio, notamment, s’interroge sur la légitimité de cette note, rappelant que le Togo est « coutumier de la collecte (avec forte présomption d’achat) de récompense ».

Il estime que la mise en scène autour de cette revalorisation sert davantage à embellir l’image du régime qu’à refléter un réel progrès. Pour lui, cette manœuvre participe d’une stratégie déjà observée dans le passé, où distinctions et classements flatteurs viennent masquer la fragilité structurelle de l’économie togolaise.

Des précédents qui sèment le doute

Le scepticisme exprimé par Olympio n’est pas isolé. En 2019, le Togo avait été classé par le programme Doing Business de la Banque mondiale comme « meilleure performance économique africaine ». Deux ans plus tard, l’institution mettait fin au programme après de vives critiques internes. Le chef économiste de l’époque, Paul Romer, dénonçait un manque d’honnêteté intellectuelle dans la méthodologie, soulignant des pressions politiques dans l’attribution des scores.

Cet épisode jette une lumière crue sur la fiabilité de certains classements internationaux et rappelle que les chiffres, aussi officiels soient-ils, peuvent être instrumentalisés.

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Un système d’évaluation sous influence ?

L’agence S&P elle-même n’est pas exempte de critiques. En 2011, elle avait abaissé la note des États-Unis, provoquant une vive réaction à Washington. Accusée d’avoir cédé à des considérations politiques, l’agence s’était vue reprocher de sortir de son rôle technique d’analyse économique.

Pour Nathaniel Olympio, la nouvelle notation du Togo relève de la même logique. « S&P est tombée dans le piège du mirage économique togolais », affirme-t-il. Il pointe du doigt une reconnaissance qui, selon lui, n’est pas fondée sur une transformation profonde du tissu économique, mais sur des indicateurs embellis et des annonces de réformes dont les effets tardent à se faire sentir.

Vers une lecture plus critique des classements internationaux ?

Cette polémique autour de la note togolaise invite à une réflexion plus large sur la manière dont les agences de notation influencent la perception de la santé économique des pays, en particulier en Afrique. Elle rappelle l’importance d’un regard critique sur les outils d’évaluation internationaux, souvent perçus comme neutres mais potentiellement perméables aux logiques de communication politique.

Alors que le Togo cherche à renforcer sa crédibilité sur les marchés internationaux, cette controverse souligne que la confiance ne se décrète pas : elle se construit dans la transparence, la rigueur économique et l’amélioration réelle des conditions de vie des populations.

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