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Mali : Les entreprises chinoises prises pour cible par les jihadistes du GSIM
Depuis plusieurs semaines, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, mène une série d’attaques contre des sites industriels au Mali. Selon l’American Enterprise Institute, sept sites étrangers ont été visés, dont six appartenant à des entreprises chinoises. L’objectif affiché : contraindre les sociétés à payer des taxes en échange de leur sécurité et affaiblir la légitimité du gouvernement malien.
La région de Kayes, cœur stratégique des raids
En août, les attaques se sont intensifiées dans la région aurifère de Kayes, qui représente près de 80 % de la production d’or malienne et constitue un corridor commercial vers le Sénégal. Pour la première fois, des sites industriels au centre du pays, dont des usines chinoises de sucre près de Ségou, ont également été touchés. Un garde a été tué dans une attaque contre une mine de lithium exploitée par des Britanniques dans le sud du pays.
Enlèvements et blocus imposés
Au moins onze ressortissants chinois ont été enlevés, selon des analystes cités par l’AFP. Le GSIM est également soupçonné de l’enlèvement de trois employés indiens en juillet. Jeudi soir, le groupe jihadiste a instauré un blocus sur les régions de Kayes et de Nioro, menaçant les transporteurs de carburant venant du Sénégal et de la Côte d’Ivoire. L’ONU considère désormais le GSIM comme « la menace la plus importante dans le Sahel ».
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Pékin préoccupé pour ses ressortissants
Si la Chine n’a pas confirmé le nombre d’otages, son ambassade à Bamako affirme « maintenir des contacts étroits » avec les autorités maliennes et « ne ménager aucun effort » pour retrouver ses citoyens. Pékin dit avoir renforcé ses mesures de sécurité pour protéger sa communauté au Mali.
Des intérêts économiques majeurs en jeu
Les attaques risquent de fragiliser les relations commerciales sino-maliennes. Entre 2009 et 2024, les investissements privés chinois au Mali ont atteint 1,6 milliard de dollars, auxquels s’ajoutent 1,8 milliard de dollars investis par le gouvernement chinois dans 137 projets depuis 2000. La Chine est aujourd’hui l’un des principaux partenaires économiques de Bamako.
Rivalités d’influence entre partenaires étrangers
Le Mali, dirigé par une junte militaire depuis 2020, s’est éloigné de la France et rapproché de la Russie, de la Turquie et de la Chine. La société paramilitaire russe Wagner, rebaptisée Africa Corps, fournit son soutien militaire aux côtés de drones turcs et de blindés chinois. Toutefois, « la Russie mise sur l’instabilité pour accroître son influence, alors que la Chine recherche avant tout un environnement stable pour ses investissements », observe l’analyste Liam Karr.
Une lutte autour du contrôle des ressources
Parallèlement aux attaques jihadistes, la junte malienne cherche elle-même à renforcer son emprise sur les richesses minières. Elle a récemment pris le contrôle opérationnel de la plus grande mine d’or du pays, Loulo-Gounkoto, réclamant à son exploitant canadien Barrick Mining des centaines de millions de dollars d’arriérés fiscaux.
