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Mali : Fin de règne pour un multipartisme , le grand ménage politique a-t-il enfin commencé ?

Mali : Fin de règne pour un multipartisme , le grand ménage politique a-t-il enfin commencé ?

Durant plus de trente ans, le Mali a expérimenté le multipartisme comme socle de sa démocratie. Toutefois, cette démocratie, censée servir le peuple, a progressivement été accaparée par une élite politique qui en a fait un levier d’enrichissement personnel. Une désillusion profonde, que les Maliens ont exprimée à plusieurs reprises, notamment lors des Assises nationales de la Refondation en 2021 et plus récemment lors de la consultation sur la charte des partis politiques.

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C’est dans ce contexte que les autorités de la transition ont pris une mesure sans précédent : la dissolution de tous les partis politiques et organisations à caractère politique. Un acte jugé historique, motivé par le besoin de refonder le système politique et de replacer le peuple au centre de l’action publique.

Une démocratie déséquilibrée : des élections sans gouvernance

La démocratie multipartite repose classiquement sur trois piliers : les élections, la gouvernance et l’alternance. Au Mali, l’accent a été exagérément mis sur les élections, souvent perçues comme des finalités en elles-mêmes. La gouvernance, pourtant cruciale pour la qualité de vie des citoyens, a été délaissée, voire instrumentalisée.

Résultat : des décennies de mauvaise gestion, d’impunité et de frustrations sociales profondes. La rupture voulue aujourd’hui vise donc à corriger une trajectoire dévoyée, afin que les partis politiques, s’ils doivent renaître, le fassent au service exclusif du peuple.

Les “fonctionnaires milliardaires” : icône d’un système dévoyé

L’un des symboles les plus frappants de cette dérive démocratique est l’émergence de fonctionnaires milliardaires. Placés à des postes dits “juteux”, ces cadres ont détourné massivement les deniers publics pour alimenter les caisses de partis politiques et financer des campagnes électorales.

Une étude réalisée en 2021 par l’OCLEI (Office central de lutte contre l’enrichissement illicite) a mis en lumière un arsenal de techniques de corruption impressionnant : surfacturation, fraude fiscale et douanière, usurpation de titres, marchés publics de gré à gré, pots-de-vin, etc. L’administration publique a été dédoublée et instrumentalisée pour servir des intérêts privés sous couvert de mission républicaine.

Les super-opérateurs économiques : enrichis par la commande publique

Un autre produit du système a été la création de nouveaux opérateurs économiques, enrichis à travers des circuits opaques de marchés publics. Préfinancement garanti, surfacturation, absence de contrôle : autant de pratiques qui ont permis à des individus sans expérience dans les affaires de devenir en quelques années des acteurs économiques incontournables.

Ces nouveaux riches étaient souvent liés aux partis politiques et au pouvoir en place. Certains se faisaient même appeler ouvertement “opérateur économique du régime”, confirmant ainsi la porosité entre le monde politique et les affaires.

Des élus devenus spéculateurs fonciers

La déroute démocratique a également touché les élus, qu’ils soient municipaux ou parlementaires. Beaucoup ont profité de leur statut pour s’enrichir par la spéculation foncière, plutôt que de développer les collectivités locales.

Les députés, quant à eux, ont souvent déserté leurs circonscriptions, préférant les salons de Bamako aux préoccupations de leurs électeurs. Leur mandat est devenu synonyme de privilèges et non de service public. Très rares sont ceux qui ont rendu compte de leurs actions au peuple.

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Des présidents de partis transformés en millionnaires

La subvention publique aux partis politiques, censée financer l’éducation civique et politique, a été détournée à des fins personnelles. Dans la plupart des formations, cet argent est devenu la propriété exclusive du président ou d’un petit cercle de fidèles.

Ainsi, les présidents de partis, souvent sans profession ni activité économique, sont devenus des millionnaires sans envergure idéologique, poussant à la prolifération de partis souvent fantômes, sans projet politique structurant.

Vers une refondation nécessaire et attendue

En dissolvant l’ensemble des formations politiques, les autorités de la transition ont choisi d’écouter le peuple, lassé par un système politique clientéliste, corrompu et inefficace. Cette décision vise à assainir le paysage politique et à jeter les bases d’un nouveau départ où la gouvernance, la transparence et l’intérêt général seront les priorités.

Il ne s’agit pas de tuer le multipartisme, mais bien de le réinventer : pour que les partis politiques, demain, soient des espaces de débats, de propositions et d’actions en faveur du développement du Mali.

À retenir

Pendant plus de 30 ans, le multipartisme au Mali a davantage profité à une minorité qu’au peuple. Fonctionnaires milliardaires, élus spéculateurs, opérateurs économiques liés aux partis, présidents de partis devenus millionnaires : tout un système s’est bâti sur les failles de la démocratie. La dissolution des partis marque une tentative courageuse de refonder le système politique. Reste à voir si les promesses de renouveau seront tenues

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