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Burkina Faso : de Damiba à Traoré, chronique d’une transition qui met fin aux partis politiques

Burkina Faso : de Damiba à Traoré, chronique d’une transition qui met fin aux partis politiques

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En moins de quatre ans, le Burkina Faso est passé d’une transition militaire à une autre, avant de tourner une page majeure de son histoire politique. Le 29 janvier 2026, les autorités ont dissous l’ensemble des partis politiques, mettant un terme brutal au multipartisme. Une décision lourde de sens, fruit d’un long enchaînement de ruptures, de promesses sécuritaires et de refondation annoncée de l’État.

Janvier 2022 : Damiba, la promesse d’un redressement

Le 24 janvier 2022, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba renverse le président Roch Marc Christian Kaboré. À la tête du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR), il justifie le coup d’État par l’incapacité du régime civil à enrayer l’insécurité djihadiste.

Damiba promet alors une transition « courte et efficace », centrée sur la reconquête du territoire et le retour à l’ordre constitutionnel. Les partis politiques ne sont pas dissous, mais marginalisés, leurs activités progressivement gelées au profit d’une gouvernance dominée par les militaires.

Très vite cependant, les attentes se heurtent à la réalité : les attaques se poursuivent, la défiance populaire grandit et le fossé se creuse entre le pouvoir et une partie de l’armée.

Septembre 2022 : Ibrahim Traoré, la rupture générationnelle

Le 30 septembre 2022, un nouveau coup d’État balaie Damiba. Le capitaine Ibrahim Traoré, alors âgé de 34 ans, prend le pouvoir, accusant son prédécesseur d’inefficacité et de compromission.

Traoré incarne une rupture de ton : discours souverainiste, rejet affiché des élites politiques traditionnelles, appel à la mobilisation populaire et mise en avant d’un nationalisme assumé. Les partis politiques sont officiellement suspendus, accusés d’avoir échoué à bâtir un État fort et solidaire.

La transition s’installe dans la durée. Les élections sont repoussées, les institutions civiles réorganisées, et la notion de « refondation de l’État » devient le pilier idéologique du régime.

Une vie politique mise entre parenthèses

Entre 2023 et 2025, les partis politiques burkinabè existent surtout sur le papier. Leurs activités sont interdites, leurs leaders réduits au silence ou relégués à des prises de position marginales. Dans le même temps, le pouvoir renforce son contrôle sur l’espace public, tout en s’appuyant sur des organisations de soutien à la transition et des initiatives populaires encadrées par l’État.

Le discours officiel se durcit : le multipartisme est présenté comme un facteur de division, de clientélisme et de fragilisation nationale, incompatible avec la lutte existentielle que mènerait le pays contre le terrorisme.

Janvier 2026 : la dissolution, acte final

Le 29 janvier 2026, le gouvernement de transition franchit un cap décisif. Par décret, tous les partis politiques et formations assimilées sont dissous. Les lois encadrant leur fonctionnement, leur financement et même le statut du chef de l’opposition sont abrogées.

Les autorités invoquent la nécessité de mettre fin à un système jugé inefficace, de préserver l’unité nationale et de reconstruire l’État sur de nouvelles bases. Les biens et patrimoines des partis politiques pourraient être transférés à l’État, scellant juridiquement la fin du pluralisme politique tel qu’il existait depuis les années 1990.

Entre refondation et inquiétudes démocratiques

Pour le pouvoir, cette décision marque une étape historique vers un modèle politique « adapté aux réalités burkinabè ». Pour ses détracteurs, elle consacre au contraire une concentration du pouvoir sans contrepoids, au risque d’un effacement durable des libertés politiques.

Une question demeure : après la disparition des partis, quelle architecture politique émergera au Burkina Faso ? La transition ouvre-t-elle la voie à un nouveau contrat social ou à une normalisation de l’exception militaire ?

L’histoire, encore en cours d’écriture, n’a pas livré son verdict.

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