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Tripoli sous tension : le deal explosif entre Dbeibah et la milice Radaa
La Libye, plongée dans une instabilité chronique depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, vient de franchir une nouvelle étape dans ses tentatives de stabilisation. Le samedi 13 septembre 2025, un accord préliminaire a été signé à Tripoli entre le gouvernement d’union nationale dirigé par le Premier ministre Abdelhamid Dbeibah et la puissante milice Force Radaa, grâce à une médiation directe de la Turquie. Cet accord, bien que limité dans sa portée, vise à réduire les tensions armées dans la capitale et à éviter une confrontation militaire autour d’infrastructures stratégiques.
Les principaux points de l’accord
Selon les informations relayées par les autorités locales et plusieurs médias, le compromis prévoit plusieurs mesures importantes :
- Restitution de l’aéroport de Mitiga au ministère de la Défense, afin de centraliser sa gestion sous une autorité étatique.
- Gestion unifiée des quatre aéroports de l’ouest libyen, une décision qui pourrait améliorer la coordination et limiter les rivalités de contrôle.
- Placement de certaines prisons sous l’autorité du procureur général, une mesure censée limiter les abus constatés dans les centres de détention.
- Remplacement d’Osama Najim, chef de la police judiciaire recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
Ces engagements visent à réaffirmer le rôle de l’État dans des secteurs sensibles de la capitale, jusque-là dominés par des milices armées.
Radaa, un acteur incontournable mais controversé
La milice Force Radaa, aussi appelée Force spéciale de dissuasion, s’impose depuis plusieurs années comme l’un des groupes armés les plus puissants de Tripoli. Elle contrôle l’est de la capitale, l’aéroport stratégique de Mitiga, ainsi que plusieurs prisons et centres de détention.
Cette position dominante en fait un acteur incontournable dans toute négociation. Cependant, Radaa est également accusée de nombreuses exactions, notamment de détentions arbitraires et de violences contre des civils. Sa capacité à bloquer ou faciliter les équilibres sécuritaires à Tripoli en fait un partenaire aussi redouté qu’indispensable.
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Une médiation turque au cœur des équilibres régionaux
La conclusion de cet accord illustre également le rôle grandissant de la Turquie en Libye. Soutien militaire majeur du gouvernement de Tripoli face au maréchal Khalifa Haftar, Ankara semble aujourd’hui chercher à ménager ses relations avec l’est libyen.
Pour plusieurs observateurs, ce repositionnement stratégique vise à préserver ses intérêts économiques et militaires dans le pays, tout en évitant une escalade qui fragiliserait ses investissements.
Un accord plus symbolique que décisif
L’analyste Jalel Harchaoui estime que l’accord en lui-même n’est pas décisif puisqu’il ne traite pas les causes profondes de l’instabilité libyenne : rivalités politiques, absence d’institutions solides, fragmentation des forces armées et interventions étrangères.
Cependant, il permet d’écarter, au moins temporairement, la menace d’un affrontement direct entre le gouvernement et la Force Radaa, notamment autour du complexe stratégique de Mitiga. Cette trêve fragile pourrait offrir un répit aux habitants de Tripoli, régulièrement pris dans les combats entre factions rivales.
Une stabilité toujours incertaine
Malgré la signature, des divisions persistent au sein même de la Force Radaa, entre partisans et opposants à l’accord. Par ailleurs, d’autres milices continuent de contrôler des zones clés de Tripoli et de ses environs, notamment la localité de Zawiya, où les tensions restent vives.
La Libye demeure donc dans une situation instable : l’accord pourrait soit constituer une étape vers une pacification progressive, soit s’effondrer rapidement sous la pression des rivalités internes et des influences extérieures.
Conclusion : un fragile pas vers la désescalade
L’accord préliminaire signé à Tripoli entre le gouvernement et la milice Radaa représente un pas symbolique vers la réduction des tensions dans la capitale libyenne. Mais il ne règle en rien les fractures politiques et militaires qui minent le pays depuis plus d’une décennie. La médiation turque démontre l’importance des acteurs étrangers dans la résolution – ou l’aggravation du conflit libyen.
À Tripoli comme dans l’ensemble du pays, la paix reste encore une promesse fragile, suspendue aux calculs des milices et des puissances régionales.
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