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Togo : Quand la liberté devient une prison , Aamron sort de nouveau et dit « Ils m’ont dit de dormir avec un œil ouvert »
Après plusieurs semaines de silence depuis sa libération, le rappeur togolais Aamron a brisé le mutisme ce 3 juillet à travers une déclaration poignante publiée sur TikTok, dans laquelle il dresse un tableau glaçant de sa condition post-détention. Celui que les jeunes Togolais considèrent comme une figure emblématique de la contestation pacifique revient sur les séquelles psychologiques, l’isolement imposé et les menaces persistantes qu’il subit encore aujourd’hui.

« Je refuse qu’une épée de Damoclès soit maintenue au-dessus de ma tête »
Dans un texte sobre mais lourd de sens, Aamron prend soin de peser ses mots, mais ne dissimule ni sa colère ni sa détresse. Si certains pensaient que sa libération signifiait un retour à la normale, il s’emploie à démontrer l’inverse.
« Depuis ma sortie, je suis chez moi, je sors très peu, mes enfants ne sortent plus, et je n’ai toujours pas récupéré mes portables ni mes outils de travail. »
En d’autres termes, l’artiste est physiquement libre, mais sous surveillance constante. Il affirme ne plus avoir accès à ses téléphones, ses comptes professionnels ni ses réseaux sociaux, ce qui constitue une entrave directe à son activité artistique et à son expression publique.
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Une parole entravée par la peur
Plus grave encore, Aamron évoque des menaces explicites proférées par ses tortionnaires.
« Ceux qui m’ont torturé m’ont dit que si j’en parle, je devrais dormir avec un œil ouvert. »
Cette phrase, aussi percutante qu’alarmante, traduit la persistance de la peur même après la sortie de prison. Il vit désormais dans un climat d’angoisse, où toute prise de parole peut être interprétée comme un acte de défi, voire comme une récidive politique.
L’artiste évoque également des rendez-vous imposés avec un psychologue, qui, selon lui, servent davantage à surveiller qu’à soigner. Ce dispositif de contrôle psychologique ajoute à son sentiment d’être encore sous emprise, malgré l’apparente liberté.
Une volonté de résilience
Face à cette pression, Aamron ne cède pas totalement à la peur. Il affirme sa volonté de résister et de se reconstruire, même dans l’ombre :
« Je vais créer de nouveaux numéros, de nouveaux comptes… Je refuse de continuer à vivre dans la peur. »

Ce sursaut d’énergie marque un tournant. Le rappeur entend reprendre la main sur son identité numérique et artistique, malgré les restrictions imposées. Ce message vise aussi à alerter l’opinion publique sur le fait que sa libération, aussi médiatisée soit-elle, ne signifie en rien une réintégration sociale ou un retour à la normale.
Une situation symptomatique du climat togolais
La situation d’Aamron met en lumière les pratiques de répression psychologique au Togo, où les libérations sont parfois assorties de conditions informelles oppressantes : isolement social, perte d’outils de communication, menace de représailles, etc.

Ce contrôle post-libération, sans base légale transparente, contredit les principes fondamentaux des droits humains et rappelle que la justice togolaise fonctionne souvent selon des logiques extrajudiciaires, à la limite du harcèlement d’État.
L’appel à la solidarité
En rompant le silence, Aamron relance aussi un appel à la solidarité, notamment de la part des artistes, militants et citoyens togolais, mais aussi de la diaspora et des ONG de défense des droits humains.
Sa démarche vise à mettre en lumière un système où même la liberté devient conditionnelle, où parler devient un risque, et où les artistes sont muselés sous couvert de normalité.
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