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Togo : Pourquoi la rue reste vide malgré les appels à la révolte , à quoi rêve encore le peuple togolais ?

Togo : Pourquoi la rue reste vide malgré les appels à la révolte , à quoi rêve encore le peuple togolais ?

« Pourquoi beaucoup de personnes ne sont pas sorti ? » C’est la question que beaucoup de Togolais se posaient après les dates clés du 26, 27 et 28 juin 2025, censées être marquées par une mobilisation nationale contre la gouvernance actuelle. La réponse tient en un mot : la peur.

manifestations

Le régime, selon de nombreux observateurs et citoyens, a utilisé la force militaire comme instrument de dissuasion. Partout, dans les grandes villes comme dans les localités reculées, la présence massive des forces de l’ordre a transformé l’espace public en terrain miné. Soldats armés aux carrefours, pick-ups patrouillant jour et nuit, contrôles musclés aux abords des marchés et des écoles… Cette démonstration de force a refroidi toute velléité de contestation.

« Ils ont mis des soldats partout pour que personne n’ose bouger. Et ça a marché », confie une étudiante à Lomé, qui dit avoir reçu des messages de ses proches lui demandant de « ne pas sortir, pour sa sécurité ». Car au Togo, le traumatisme des précédentes répressions est encore vif, et la peur n’est pas une émotion passagère, mais un mode de survie.

Une population asphyxiée : quand la faim devient un outil de contrôle

Mais la peur seule n’explique pas tout. L’autre levier, plus insidieux, c’est la précarité économique organisée. Dans un contexte où la pauvreté atteint des seuils critiques, où le prix des denrées alimentaires explose, et où les jeunes peinent à trouver un emploi stable, l’État apparaît parfois comme le seul pourvoyeur de moyens de subsistance.

Le parti au pouvoir, selon plusieurs témoignages, aurait tissé un vaste réseau d’assistance clientéliste, redistribuant à une portion ciblée de la population des vivres, des aides ponctuelles, ou des promesses d’embauche, à condition de rester silencieuse — ou mieux encore, loyale.

« Une partie de la population affamée a été achetée avec des sacs de riz, un peu d’argent ou des promesses de contrats temporaires », explique un cadre associatif du nord du pays.

CSAF

Ce chantage alimentaire agit comme un verrou psychologique. Comment exiger la liberté ou la justice quand on ne sait pas ce que l’on va manger demain ? Comment participer à une marche politique quand le moindre trouble peut entraîner la perte du peu que l’on a ? C’est ici que réside le génie froid de certains régimes autoritaires : rendre les citoyens dépendants pour mieux les neutraliser.

Un peuple contraint au silence, mais pas résigné

Si les rues sont restées vides, les esprits, eux, bouillonnent. Les réseaux sociaux en témoignent : la jeunesse togolaise débat, interroge, critique. Elle ne comprend pas pourquoi le nombre n’arrive pas à surpasser la peur, pourquoi le régime tient malgré une majorité silencieuse qui aspire au changement.

Ce paradoxe alimente une question fondamentale : « Le peuple veut-il vraiment le changement ? » Et si oui, est-il prêt à en payer le prix, même symbolique celui de s’exprimer, de s’organiser, de résister pacifiquement ?

L’urgence d’une alternative crédible

Face à cette situation, les partis d’opposition et la société civile doivent aussi se remettre en question. Trop souvent désorganisés, fragmentés ou enfermés dans des querelles d’ego, ils peinent à incarner une alternative forte et structurée.

Le peuple togolais ne manque ni de courage, ni de lucidité. Ce qui lui fait défaut aujourd’hui, c’est une vision claire, un cap commun, et des leaders qui rassurent autant qu’ils inspirent. Tant que cette dynamique ne se mettra pas en place, le régime pourra continuer à gouverner par la peur et la faim, en dépit de son impopularité croissante.

Conclusion : quand le silence devient cri

Le 26 juin 2025 n’a peut-être pas été une journée de soulèvement visible. Mais le silence qui a recouvert le pays était un silence chargé de colère, de frustration, de lucidité.

Le peuple a peur. Il a faim. Mais il n’a pas oublié. Et tôt ou tard, l’équation du changement se reposera, cette fois peut-être avec un peuple moins seul, mieux outillé, et plus décidé à ne plus choisir entre sécurité et dignité.

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