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Togo / Municipales à Tône 1 : l’ADDI dénonce une « manipulation flagrante » du processus électoral par la Cour suprême
À quelques semaines des élections municipales du 17 juillet 2025, la tension monte dans la circonscription de Tône 1, au nord du Togo. En cause : une décision controversée de la Cour suprême, accusée par le parti d’opposition Alliance des Démocrates pour le Développement Intégral (ADDI) d’avoir opéré un revirement injustifié dans l’examen des listes électorales, en faveur du parti au pouvoir, l’Union pour la République (UNIR). Dans un communiqué officiel, l’ADDI dénonce une « manipulation flagrante » du droit électoral et met en cause l’indépendance de la justice togolaise, évoquant une instrumentalisation des institutions judiciaires à des fins politiques.

Une décision initiale favorable… vite annulée
Tout commence après la publication des listes provisoires de candidatures par la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI). L’ADDI saisit la Chambre administrative de la Cour suprême pour contester la présence, sur la liste d’UNIR, de plusieurs candidats en situation d’incompatibilité manifeste avec la loi électorale. Parmi eux :
- un chef traditionnel, pourtant frappé d’inéligibilité ;
- un membre de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH), institution tenue à une stricte neutralité ;
- un représentant du parti UNIR siégeant à la CELI locale, cas explicitement prohibé par le code électoral.
Le 12 juin 2025, la Cour donne raison à l’ADDI (arrêt N°011/EM/2025), invalidant la liste incriminée. Cette décision est aussitôt actée par la CENI, qui procède au tirage au sort des bulletins de vote, confirmant le retrait de la liste UNIR.
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Une volte-face qui sème le doute
Mais six jours plus tard, coup de théâtre. La même Cour, par l’arrêt N°034/EM/2025 du 18 juin, réhabilite la liste UNIR sans justification juridique claire. Cette volte-face interroge. Elle s’accompagne de substitutions irrégulières de candidats hors délai légal, et surtout, du maintien d’un candidat précédemment jugé inéligible.
Pour l’ADDI, cette décision est une atteinte grave à l’intégrité du processus électoral. Dans son communiqué, le parti s’insurge contre ce qu’il qualifie de « manœuvre politique » et pose une question de fond :
« Peut-on encore parler de démocratie électorale lorsque les institutions censées garantir la légalité foulent aux pieds les règles qu’elles sont censées appliquer ? »

Un appel à la mobilisation des forces démocratiques
Dans un contexte national marqué par la méfiance croissante envers les institutions, l’ADDI interpelle solennellement la Cour suprême sur sa responsabilité historique et l’appelle à revenir à une lecture rigoureuse et impartiale du droit. Le parti demande l’invalidation immédiate de la liste UNIR à Tône 1, comme initialement décidé.
Plus largement, l’ADDI en appelle à l’unité des forces démocratiques et à la société civile, les invitant à se mobiliser pour défendre les principes d’un processus électoral juste, équitable et transparent. Ce combat, estime le parti, est essentiel pour garantir la légitimité des institutions et la stabilité du pays.
Une justice en question à la veille d’un scrutin sensible
Ce nouvel épisode soulève de sérieuses interrogations sur l’indépendance de la Cour suprême et, plus généralement, sur la crédibilité du processus électoral au Togo. Pour les observateurs, cette affaire met en lumière les tensions récurrentes entre pouvoir judiciaire et opposition, à chaque cycle électoral.
Alors que le pays se prépare à renouveler ses conseils municipaux, la régularité des procédures et l’impartialité des institutions seront scrutées de près par l’opinion nationale et les partenaires internationaux. Dans ce contexte, le rétablissement de la confiance dans l’appareil judiciaire apparaît comme une urgence démocratique.
Conclusion : un test pour la démocratie togolaise
La polémique autour des élections à Tône 1 ne constitue pas un simple contentieux local : elle symbolise les fragilités structurelles du système électoral togolais. Face à ce défi, la transparence, la rigueur juridique et le respect des textes de loi sont plus que jamais des impératifs pour préserver la paix, la confiance citoyenne et la légitimité des institutions républicaines.
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