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Togo : Le nord sous tension djihadiste, le sud en révolte contre le pouvoir
Dans l’extrême nord du Togo, la région des Savanes est en proie à une inquiétante montée des tensions sécuritaires et humanitaires. Frontalière du Burkina Faso, où l’État a perdu le contrôle de vastes territoires au profit de groupes djihadistes depuis 2015, cette région subit de plein fouet les répercussions de la crise sahélienne.

Les incursions de groupes armés se multiplient, forçant les populations locales, notamment les Peuls, à fuir ou à vivre dans la peur constante. Le gouverneur de la région met en garde contre “l’extrémisme” et les risques de fractures ethniques ou religieuses. Les tensions entre communautés déplacées et agriculteurs locaux s’aggravent, sur fond de compétition pour des ressources naturelles devenues rares : eau, pâturages, terres arables.
Peuls : entre suspicion, marginalisation et survie
Autrefois intégrés dans la vie économique et sociale des Savanes, les Peuls se retrouvent aujourd’hui marginalisés et soupçonnés d’être complices des terroristes. Le bétail qu’ils élèvent est régulièrement volé par des groupes armés, et leurs pâturages sont infestés d’engins explosifs improvisés. Même les interprètes peuls coopérant avec la gendarmerie deviennent des cibles. Un jeune homme a ainsi été tué pour avoir travaillé avec les forces de sécurité.
Leur mode de vie traditionnel – transhumance saisonnière, partage des ressources – est mis à mal par l’insécurité, le dérèglement climatique et l’extension incontrôlée des terres agricoles. “Nos bœufs meurent de faim. Les paysans ont labouré partout”, déplore un éleveur dans Jeune Afrique.
Une crise humanitaire silencieuse
Depuis 2022, une crise humanitaire s’installe durablement dans la région. Des milliers de personnes déplacées vivent sans accès suffisant à l’eau, à la nourriture ou aux soins. Le journal Laabali rapporte que cette situation est exacerbée par des tensions locales et l’absence d’un plan structuré d’aide ou de médiation. Dans un passé récent, Peuls et agriculteurs vivaient côte à côte, dans une certaine complémentarité. Ce fragile équilibre semble désormais rompu.

Le pouvoir central face à la contestation populaire
Alors que le nord s’enfonce dans la crise, le sud du pays connaît une autre forme de tension : politique cette fois. La réforme constitutionnelle adoptée récemment, qui transforme le régime présidentiel en régime parlementaire, est perçue par de nombreux Togolais comme une manœuvre de Faure Gnassingbé pour rester au pouvoir. À la tête du pays depuis 2005, l’actuel président devient désormais président du Conseil des ministres, un poste-clé du nouvel exécutif.
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Des manifestations ont éclaté à Lomé. Étudiants, médecins, artisans, rappeurs : une jeunesse diverse s’est mobilisée pour dénoncer ce qu’elle considère comme une confiscation du pouvoir. “L’heure n’est plus à la peur, mais à la révolte”, écrit letogolais.com. Certains manifestants ont été arrêtés, d’autres relâchés, mais la colère reste vive.
Un pays pris entre deux étaux
Le Togo semble aujourd’hui pris entre deux feux : un étau sécuritaire au nord, où la population est en danger constant, et un étau politique au sud, où les aspirations démocratiques de la jeunesse se heurtent à une gouvernance jugée autoritaire. Dans les deux cas, c’est le lien social et la confiance dans l’État qui vacillent. Le défi est immense : garantir à la fois la sécurité, la cohésion nationale et une gouvernance crédible.
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