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Togo : L’arrestation de l’artiste Cosmakete relance le débat sur la liberté d’expression artistique
Dans le quartier de Ségbé à Lomé, le performeur togolais Cosmakete de son vrai nom KETE Atsou a été interpellé par des militaires en pleine action artistique silencieuse. Ni slogans ni pancartes, seulement un geste : bras écartés, tête levée vers le ciel, dans un langage corporel évoquant la supplication ou la résistance pacifique. Quarante-huit heures plus tard, aucune charge officielle n’était portée contre lui, et aucun accès à un avocat ou à un médecin n’avait été garanti. Son arrestation suscite désormais une vive indignation dans les cercles culturels togolais.

La FENAPAV dénonce mais reste timide
Ce n’est que deux jours après son arrestation, le 28 juin, que la Fédération nationale des associations professionnelles en arts visuels du Togo (FENAPAV-TOGO) a publié un communiqué sobre, dénonçant une « atteinte grave à la liberté artistique ». La fédération exige la libération immédiate de l’artiste, soulignant que la performance artistique n’est ni un crime ni un délit, mais un acte d’expression libre, garanti par la Constitution togolaise.
Cependant, l’absence d’action concrète ou de mobilisation publique de la part de la FENAPAV interroge. Alors que ses statuts évoquent la défense des artistes et la création d’une synergie entre professionnels du secteur, son silence initial et son manque de réaction structurée mettent en lumière les limites de son engagement face au pouvoir politique.
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L’art en tant que résistance pacifique
Cosmakete n’est pas un inconnu dans le paysage culturel togolais. Membre actif de la scène contemporaine, il s’est notamment illustré par des performances engagées, souvent non verbales, explorant la condition humaine, la mémoire collective et les tensions sociopolitiques. Son arrestation rappelle celle d’un autre artiste, le rappeur Aamron, détenu récemment dans un hôpital psychiatrique après une interpellation politique. Ces deux affaires traduisent un climat de plus en plus délétère autour de la liberté d’expression au Togo, notamment lorsque celle-ci prend des formes artistiques.
L’artiste devient alors un témoin gênant, un acteur capable de mettre en lumière les contradictions de la société sans forcément prononcer un mot. Et c’est précisément ce pouvoir symbolique que redoutent certains régimes.
Le rôle des structures artistiques remis en question
L’affaire Cosmakete ne remet pas seulement en cause la répression de l’expression artistique, elle révèle aussi la faiblesse des structures censées la défendre. En s’abstenant d’organiser un point de presse, une action juridique, ou un sit-in symbolique, la FENAPAV laisse planer le doute sur sa capacité à protéger ses membres. Un paradoxe, lorsque l’on sait que cette même fédération célébrait encore récemment des partenariats pour « valoriser la récupération artistique et les talents locaux ».

Cette fragilité institutionnelle illustre un phénomène bien connu : les structures culturelles togolaises sont souvent valorisées pour leurs performances symboliques, mais peinent à jouer un rôle véritablement politique ou citoyen lorsqu’il s’agit de défendre les droits de leurs membres.
Un appel à la solidarité urgente
Les premières 48 heures de garde à vue sont cruciales : elles déterminent l’accès aux droits fondamentaux du détenu. Dans ce contexte, la mobilisation rapide des organisations professionnelles est essentielle. Un simple post sur les réseaux sociaux ne peut suffire face à l’arrestation arbitraire d’un artiste. La défense de la liberté de création exige des actions tangibles, concertées, juridiques et publiques.
Tant que les fédérations resteront silencieuses ou prudentes par crainte de représailles, la liberté d’expression artistique au Togo restera une illusion.
Et tant que des artistes comme Cosmakete seront réduits au silence, c’est l’ensemble de la société togolaise qui perd une voix essentielle.
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