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Togo : La décentralisation après le bilan municipal révèle-t-elle l’incompétence du pouvoir central ?

Togo : La décentralisation après le bilan municipal révèle-t-elle l’incompétence du pouvoir central ?

La décentralisation, lancée timidement au Togo en 2019 après des décennies de gestion centralisée par des délégations spéciales, commence à révéler ses véritables enjeux. Après six ans d’exercice, les premières collectivités locales dotées d’exécutifs élus touchent à la fin de leur mandat. Et le contraste entre les communes dirigées par des élus de l’opposition et celles contrôlées par la majorité présidentielle devient de plus en plus évident, tant en matière de gouvernance que de résultats concrets sur le terrain.

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Dans un pays où la mal gouvernance est souvent pointée du doigt corruption, détournement des fonds publics, enrichissement illicite, absence de reddition de comptes l’action municipale prend une dimension politique centrale. Moins d’une dizaine de communes sur les 117 que compte le pays sont dirigées par l’opposition. Pourtant, ce sont elles qui aujourd’hui présentent les bilans les plus solides et les réalisations les plus visibles.

L’opposition municipale, laboratoire d’une autre gouvernance

Dans la commune du Golfe 4, dirigée par Jean-Pierre Fabre, figure emblématique de l’opposition togolaise, les résultats parlent d’eux-mêmes. En six ans, la commune a vu sortir de terre des infrastructures sociales essentielles : bloc de maternité, bâtiments scolaires, éclairage public sur plusieurs artères, acquisition de matériels roulants (graders, camions-bennes, véhicules administratifs), et une gestion locale dynamique, souvent saluée par les citoyens. Ces réalisations, obtenues avec des moyens limités et une forte surveillance publique, contrastent fortement avec la gestion opaque ou controversée d’autres communes sous la bannière du pouvoir.

Les communes du Golfe 1 et Golfe 2, également tenues jusqu’à récemment par l’opposition, affichent aussi un bilan jugé globalement positif. À l’inverse, certaines collectivités dirigées par des maires issus du parti présidentiel UNIR ont été éclaboussées par des polémiques financières. En octobre 2023, un épisode particulièrement marquant a opposé Mme Amavi Enyonam Drake, conseillère municipale, au maire Aimé Djikounou du Golfe 7, lors d’une session houleuse sur des factures impayées. Le Conseil avait dû reconnaître les dettes et chercher des solutions auprès du gouvernement.

Gestion chaotique, budgets dans le rouge

Le Golfe 5, dirigé par le maire Kossi Aboka, a lui aussi fait parler de lui. En avril 2022, ce dernier a demandé officiellement au Trésor public de geler les indemnités de l’exécutif municipal, faute de moyens suffisants. « Il n’y a même pas de quoi acheter du carburant », avait-il avoué, dans un rare moment de transparence. Un aveu d’échec cuisant dans une commune pourtant située dans la capitale économique du pays.

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Au-delà du Grand Lomé, des communes rurales comme Vo 3 et Yoto 3, elles aussi dirigées par l’opposition, enregistrent des avancées notables dans l’acquisition de matériels pour l’entretien des routes ou la gestion des déchets. Ces actions, bien que modestes, démontrent qu’avec peu de ressources mais une volonté de servir l’intérêt général, il est possible d’impacter positivement le quotidien des populations.

L’impunité, la vraie barrière à la bonne gouvernance

Les observations de ces six dernières années démontrent que là où le pouvoir central détient le contrôle, l’impunité prospère. Des maires restés au même poste pendant des années sans résultats probants, des factures douteuses, des louages de matériels appartenant à des cadres de la mairie eux-mêmes, comme ce grader privé utilisé pendant plus de 20 ans dans la capitale, témoignent d’un détournement systémique des ressources publiques.

Le paradoxe est que, malgré ces faiblesses visibles, le parti au pouvoir ambitionne de « rafler toutes les communes » aux prochaines élections locales. Cette volonté hégémonique, déconnectée des performances réelles, semble guidée non par une logique de développement mais par le souci de conserver le monopole du pouvoir local, à tout prix.

L’alternance locale, un rempart contre le gaspillage

Si le pouvoir central s’entête à garder la mainmise sur toutes les institutions, les premiers pas de la décentralisation au Togo ont prouvé que l’opposition, à travers les municipalités, peut être un contre-pouvoir efficace, à la fois moral, administratif et économique. Sans protection politique, et donc sans filet pour couvrir d’éventuels abus, les maires d’opposition sont contraints de gérer de façon rigoureuse, sous le regard exigeant de leurs électeurs.

Ainsi, la présence renforcée de l’opposition dans les communes n’est pas seulement un enjeu politique. Elle est vitale pour préserver les ressources de l’État, éviter leur bradage, et rétablir une culture de l’efficacité et de la transparence.

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