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Togo/Katanga : La mer menace, mais la communauté résiste
À l’est de Lomé, coincé entre le port en expansion et une plage rongée par l’érosion, le quartier de Katanga concentre précarité et résilience. Dans ce secteur qualifié de « ghetto », environ 3 000 habitants – venus du Togo, du Ghana, du Bénin ou encore du Nigeria – affrontent pauvreté, stigmatisation et menaces quotidiennes de la mer. Malgré tout, la solidarité reste le ciment d’une communauté façonnée par l’exil et l’adversité.
Diversité culturelle et stigmatisation persistante
Construit de cabanes de fortune en bois, palmes et bâches, Katanga contraste avec les villas et hôtels voisins. Son accès difficile renforce le sentiment d’isolement et nourrit les préjugés. « Le paradoxe de l’invisibilité de l’identité étrangère », analyse la chercheuse Amandine Spire, illustre cette marginalisation sociale et politique. Pourtant, le quartier foisonne de cultures : akan, adan, ashanti ou kabiyè se côtoient dans les ruelles animées par les pêcheurs, les fumeuses de poisson et les enfants en quête de jeux.
Drogues, violences et drames familiaux
Le cœur du quartier, une place circulaire, est à la fois lieu de rencontre et de trafic. Cannabis et tramadol y circulent, accentuant la réputation sulfureuse de Katanga. La violence n’épargne pas les familles : Patricia, vendeuse ambulante, a perdu sa maison dans un incendie fin 2024, quelques semaines après la mort de son frère, tué lors d’une intervention policière.
Une pêche en péril
Activité vitale du quartier, la pêche traverse une crise majeure. La raréfaction des ressources, liée à la surpêche industrielle et à l’arrivée de flottes étrangères, asphyxie les pêcheurs artisanaux. « Il y a cinquante ans, on pêchait deux fois plus », regrette David. Face aux coûts élevés et à la concurrence, beaucoup, comme Kossivi, ont dû abandonner leur métier après la perte de leurs embarcations.
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Souvenirs douloureux du déplacement forcé
La mémoire de l’éviction de 2002, lors de la construction du troisième quai du port de Lomé, reste vive. « On nous a forcés à partir », se souvient Cécile, septuagénaire du quartier. Depuis, la crainte d’un nouvel expropriation plane constamment sur les habitants.
Entre survie et dignité
Si Katanga demeure associé à l’insalubrité, à la drogue et à la délinquance, le quartier se structure autour de ses propres règles : hiérarchies coutumières, réseaux d’entraide, figures respectées comme « Maman Jeanne », qui soutient la scolarité des enfants grâce à ses revenus de petits commerces.
Au-delà du « ghetto », Katanga raconte une autre histoire : celle d’une communauté marginalisée mais debout, qui lutte pour préserver sa dignité entre menace des vagues, pauvreté et espoir de jours meilleurs.
