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Togo : Hommage réprimé à la Lagune de Bè, la mémoire des victimes dérange-t-elle le pouvoir ?
À Lomé, la tension politique ne faiblit pas. Ce mardi 15 juillet, une marche silencieuse organisée par plusieurs partis politiques d’opposition et organisations de la société civile a été stoppée net par les forces de sécurité togolaises alors qu’elle se dirigeait vers la lagune de Bè-Houvémé. Le but de l’action ? Déposer des gerbes de fleurs en mémoire des personnes retrouvées mortes ces dernières semaines dans les eaux du 4e Lac et de la lagune, symboles tragiques d’une crise sécuritaire et politique qui bouleverse l’opinion publique.

Malgré l’interdiction initiale de la manifestation prévue pour le 14 juillet, les organisateurs avaient choisi de reporter l’événement au lendemain, espérant un apaisement du climat. Il n’en a rien été. À peine le cortège entamé, deux véhicules transportant des agents en tenue – dont certains non identifiables et cagoulés ont encerclé le rassemblement et ordonné son interruption immédiate.
Une démonstration de force qui interroge
« Certains agents n’étaient pas identifiables. Qui sont-ils ? Qui les a envoyés ? » s’interroge le professeur David Dosseh, coordinateur du Front Citoyen Togo Debout, l’un des initiateurs de la marche. Cette présence trouble de forces non identifiées renforce les craintes d’une surveillance accrue et d’une militarisation de l’espace public, surtout à la veille des élections municipales prévues le 17 juillet.
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Selon plusieurs témoins, les organisateurs ont été contraints de retirer les gerbes de fleurs. Mais dans un geste symbolique, ils ont tout de même pu déposer quelques gerbes à distance, refusant de laisser les victimes sombrer dans l’oubli.
Des figures de l’opposition en première ligne
La présence sur les lieux de Jean-Pierre Fabre, président de l’Alliance nationale pour le changement (ANC), et de Targone Sambiri N’Wakim, coordinateur de la Dynamique pour la majorité du peuple (DMP), a donné un poids politique supplémentaire à cette mobilisation citoyenne. Tous deux ont exprimé leur indignation face à ce qu’ils qualifient de « musellement systématique » de la liberté d’expression.
« Nous avons interrompu notre campagne électorale pour rendre hommage aux victimes, et on nous en empêche. Ce n’est pas normal dans un pays qui se dit démocratique », a déploré Jean-Pierre Fabre. Pour lui, cette répression prouve que « le pouvoir craint la vérité et redoute tout acte symbolique qui pourrait lui faire perdre la face ».

Un climat politique sous pression
Depuis la série de découvertes macabres dans les eaux de Bè – huit corps repêchés depuis début juin –, l’émotion est vive à Lomé. Si les autorités évoquent des cas de noyade, les organisations de la société civile, elles, parlent d’exécutions extrajudiciaires. Les familles des victimes, les ONG et une large partie de l’opinion demandent une enquête indépendante, transparente et rapide.
Mais le silence des autorités et la répression systématique des rassemblements liés à ces affaires jettent une ombre sur la crédibilité des institutions. La Force Sécurité Élection Municipale (FOSEM), pourtant censée veiller au bon déroulement des élections, se voit accusée par certains acteurs d’avoir laissé place à des unités parallèles opérant dans l’ombre.
Une volonté de ne pas oublier
Malgré la répression, les organisateurs ne désarment pas. Le professeur David Dosseh l’affirme avec fermeté : « Ce n’est pas la fin. Nous allons continuer à demander vérité et justice pour les victimes. » Des actions de sensibilisation et de commémoration sont déjà en cours de préparation. Pour les initiateurs, il est essentiel de ne pas laisser s’installer une impunité qui, selon eux, sape les fondements mêmes de la démocratie.
Dans ce contexte explosif, à quelques heures d’un scrutin municipal crucial, la tension reste palpable dans les rues de Lomé. La moindre initiative citoyenne devient un acte politique en soi, révélant la profonde défiance entre les populations, les opposants et les autorités en place.
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