Société
Togo : croissance en hausse, moral en baisse, un rapport qui révèle tout
Les indicateurs macroéconomiques du Togo affichent des couleurs encourageantes. Mais dans les marchés de Lomé, Kara ou Atakpamé, le quotidien raconte une autre histoire. C’est ce contraste que met en évidence la dernière enquête du réseau panafricain Afrobarometer, réalisée en novembre 2024 auprès de 1 200 Togolais.
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Des chiffres officiels rassurants…
Sur le plan macroéconomique, les signaux sont plutôt positifs. Le déficit public est passé de 6,6 % à 4,8 % du PIB entre 2023 et 2024, traduisant une certaine discipline budgétaire.
L’inflation, qui culminait à 7,6 % en 2022, a été ramenée à 2,9 % en 2024, un niveau théoriquement plus favorable au pouvoir d’achat des ménages.
Ces performances ont d’ailleurs été saluées par plusieurs partenaires techniques et financiers du pays.

… mais un ressenti populaire nettement plus sombre
Malgré ces progrès, l’enquête révèle un malaise profond.
- 62 % des Togolais estiment que le pays évolue dans la « mauvaise direction », soit une hausse de 11 points par rapport à 2021.
- 63 % jugent la situation économique nationale « mauvaise » ou « très mauvaise ».
Ce décalage met en lumière un fossé persistant entre les indicateurs statistiques et la perception citoyenne.
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Des privations quotidiennes massives
L’étude dresse un tableau précis des difficultés rencontrées par les ménages :
- 90 % déclarent avoir manqué de revenus en espèces au cours de l’année écoulée ;
- 59 % affirment ne pas avoir pu accéder régulièrement aux soins médicaux nécessaires ;
- 52 % ont subi des ruptures d’approvisionnement en eau potable.
Au total, 75 % des personnes interrogées vivent en situation de pauvreté « modérée » ou « forte », selon la classification d’Afrobaromètre.
Une confiance fragile envers la gestion publique
Les critiques à l’égard de l’action gouvernementale sont marquées :
- 85 % désapprouvent la gestion de la stabilité des prix ;
- 80 % jugent insuffisants les efforts de réduction des inégalités ;
- 77 % critiquent la politique de création d’emplois ;
- 73 % évaluent négativement la gestion globale de l’économie.
Ces chiffres traduisent une attente forte en matière de retombées concrètes des réformes économiques.
Résilience et espoir malgré tout
Fait notable, 47 % des Togolais interrogés se disent optimistes quant à une amélioration de leurs conditions de vie dans les douze prochains mois. Une forme de résilience qui contraste avec le pessimisme dominant.
Une question centrale : la croissance pour qui ?
Le paradoxe togolais apparaît clairement : des fondamentaux économiques en amélioration, mais une majorité de citoyens qui peinent à ressentir ces progrès dans leur quotidien.
L’enjeu pour les autorités est désormais d’accélérer la transformation des performances macroééconomiques en bénéfices tangibles pour les ménages.
En filigrane, l’enquête pose une interrogation essentielle : à quoi sert une croissance si elle ne se reflète pas dans les conditions de vie des populations ?
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