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Togo : 16 avocats africains se lèvent contre la répression – L’heure des comptes a sonné

Togo : 16 avocats africains se lèvent contre la répression – L’heure des comptes a sonné

Les rues de Lomé ont été le théâtre d’une répression d’une violence inédite. Un mois après les manifestations pacifiques durement matées en juin, la riposte judiciaire s’organise. Seize avocats venus de treize pays africains brisent le silence et lancent une offensive juridique contre les responsables présumés de tortures, d’arrestations arbitraires et de traitements inhumains. Face aux corps retrouvés dans les lacs, aux témoignages de violences et aux disparitions forcées, ils demandent des comptes. Leur message est clair : l’impunité ne sera plus tolérée. L’heure est venue de faire éclater la vérité.

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Selon le GIJ, la répression a été menée par des unités spéciales togolaises, dont la Brigade Antigang, l’USIG, la BAC et le GIPN, avec l’appui de l’armée, dans plusieurs quartiers de Lomé réputés proches de l’opposition, tels que Bè, Adakpamé, Akodessewa, Atikpodji et Bè-Kpota. Le collectif dénonce un usage illégal et disproportionné de la force publique à l’encontre de citoyens exerçant leur droit constitutionnel à manifester.

Torture, violences et disparitions forcées documentées

Le GIJ dit avoir recueilli des témoignages accablants. Vingt-et-un cas de torture avérée ont été recensés. Les victimes rapportent des actes d’une rare cruauté : flagellations, coups graves, humiliations, souffrances physiques et psychologiques, parfois poussées jusqu’à des pratiques dégradantes comme la manipulation de braises à mains nues, ou encore la privation d’accès aux toilettes pendant des heures. Certains manifestants auraient été contraints de signer des déclarations sous la menace, les forçant à renoncer à leurs droits fondamentaux.

Le collectif évoque également 105 arrestations, en majorité jugées arbitraires. Femmes, mineurs, journalistes et professionnels de santé ont été interpellés, souvent de nuit, par des agents cagoulés, sans présentation de mandat. Pour le GIJ, le refus des autorités de révéler les lieux de détention s’apparente à des cas de « disparitions forcées de courte durée », selon les normes du droit international.

Des morts suspectes en période de troubles

Les avocats pointent aussi plusieurs morts suspectes. Le 26 juin, dans le quartier de Bè, trois jeunes non armés, pourchassés par des forces de sécurité, ont tenté de fuir en plongeant dans la lagune. Deux d’entre eux y ont trouvé la mort, le troisième aurait été abattu, selon des témoignages locaux. Le lendemain, les corps de deux frères ont été retrouvés dans le 4e lac, en pleine période de tension. Ces faits renforcent les soupçons d’exécutions extrajudiciaires ou de mise en danger délibérée de civils.

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Preuves médicales et témoignages à l’appui

Les accusations du GIJ s’appuient sur des éléments médicaux solides. Plusieurs certificats établis par des professionnels de santé attestent de lésions graves, dont des traumatismes crâniens, oculaires et psychiques. Certains cas de torture auraient eu lieu dans les locaux de la brigade antigang à Djidjolé, un centre désormais au cœur des investigations.

Le collectif fustige l’absence de poursuites et de sanctions. « La torture se nourrit de l’impunité. Le silence judiciaire, lui, est une forme de complicité », peut-on lire dans leur communiqué.

Recours à la justice internationale

Rappelant que le Togo a déjà été condamné à six reprises entre 2021 et 2025 par la Cour de Justice de la CEDEAO pour des faits similaires, le GIJ annonce sa volonté d’agir sur tous les plans judiciaires. Les avocats se disent prêts à collaborer avec le procureur de la République pour déclencher des enquêtes nationales, y compris devant la justice militaire. À défaut, ils menacent de saisir de nouveau les instances internationales, notamment pour identifier les responsabilités individuelles parmi les chefs d’unité, décideurs politiques et commandants opérationnels impliqués.

Un appel ferme aux autorités togolaises

Le GIJ adresse six recommandations clés aux autorités togolaises :

  • Mettre fin à l’impunité et engager des enquêtes indépendantes ;
  • Cesser le recours à l’armée et aux forces spéciales lors des manifestations ;
  • Libérer toutes les personnes détenues arbitrairement ;
  • Garantir la liberté de manifester pacifiquement ;
  • Offrir justice et réparation aux victimes ;
  • Assurer la prise en charge médicale et psychologique des blessés.

Une mobilisation panafricaine pour la justice

Cette action judiciaire ne concerne pas que le Togo. Les seize avocats proviennent de treize pays africains, dont la Côte d’Ivoire, la RDC, l’Algérie, le Cameroun, le Burkina Faso ou encore la Tunisie. Tous affirment leur solidarité avec les victimes togolaises et leur détermination à faire reculer la torture sur le continent.

« Il est temps que la justice prenne le relais là où l’impunité a trop longtemps prévalu », concluent-ils, réaffirmant que l’Afrique a aussi vocation à être un continent de droits, de justice et de dignité.

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