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Tension à Adakpamé : Depuis quand un chef traditionnel peut-il bannir les manifestations publiques dans son quartier ?

Tension à Adakpamé : Depuis quand un chef traditionnel peut-il bannir les manifestations publiques ?

Depuis le 18 juin 2025, une citation attribuée à Togbuigan Adjikou Lanklivi 1er, chef traditionnel d’Adakpamé, a provoqué une vague d’indignation sur les réseaux sociaux et dans certains médias : « Désormais, aucune manifestation sociale ou politique ne serait tolérée dans les quartiers d’Adakpamé ! Tout contrevenant sera exclu du quartier ».

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Rapidement relayée, cette phrase a été interprétée comme une interdiction formelle de toute manifestation sur le territoire du quartier. Pourtant, une lecture approfondie du contexte et du rôle juridique des chefs traditionnels permet de nuancer fortement cette interprétation.

Autorité traditionnelle ≠ Autorité administrative

Au Togo, la fonction de chef traditionnel est avant tout sociale et culturelle. Les chefs ne détiennent pas de pouvoir coercitif au sens juridique. Ils agissent comme des médiateurs communautaires, garants des us et coutumes, mais ne peuvent en aucun cas s’ériger en autorité administrative capable de suspendre des droits fondamentaux tels que la liberté d’expression ou de réunion.

Aucune loi en vigueur ne confère à une autorité coutumière le pouvoir d’exclure un citoyen de son quartier ou d’interdire des manifestations. La compétence exclusive pour autoriser ou interdire une manifestation revient au ministère de l’Administration territoriale ou aux autorités municipales, dans un cadre strictement légal.

Liberté d’expression : un droit constitutionnel

L’article 25 de la Constitution togolaise garantit la liberté de manifestation, sous réserve du respect de l’ordre public. Ce droit est reconnu à tous les citoyens, quels que soient leur lieu de résidence, leur statut ou leurs opinions. Ni un chef traditionnel, ni une autorité religieuse ou communautaire ne peut le restreindre sans base légale.

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Par conséquent, même si une déclaration de chef local exprime une volonté de réguler les activités sur son territoire, cela ne saurait avoir de valeur exécutoire sans l’aval des autorités compétentes.

Appel au discernement et à la responsabilité

Cette controverse met en lumière les risques liés à la circulation d’informations partielles ou mal contextualisées. Si certains médias ont relayé les propos du chef comme une attaque frontale contre les libertés civiles, il est essentiel de rappeler que seule une décision de justice ou un arrêté ministériel peut limiter le droit à la manifestation dans un espace public.

À l’ère du numérique, où les prises de position sont rapidement amplifiées, il devient urgent de faire preuve de prudence dans l’interprétation des discours publics, surtout lorsqu’ils émanent de figures symboliques.

En conclusion

Il serait injuste et juridiquement infondé d’attribuer à Togbuigan Adjikou Lanklivi 1er un pouvoir de censure politique qu’il ne possède pas. L’État de droit repose sur la clarté des compétences et la hiérarchie des normes. Si un chef peut recommander la paix et la cohésion sociale, seul l’État peut encadrer, autoriser ou interdire l’exercice des libertés publiques.

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