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Sénégal protège ses lanceurs d’alerte, le Togo les jette en prison : deux mondes opposés

Sénégal protège ses lanceurs d’alerte, le Togo les jette en prison : deux mondes opposés

En Afrique de l’Ouest, deux pays voisins empruntent aujourd’hui des chemins radicalement différents. Le Sénégal vient d’adopter une loi historique pour protéger et récompenser les lanceurs d’alerte, une avancée saluée comme un pas décisif vers plus de transparence et de bonne gouvernance. À l’inverse, au Togo, les dénonciateurs et activistes sont traqués, enlevés et emprisonnés, victimes d’un système qui redoute la moindre voix critique. Entre protection citoyenne et répression politique, le contraste est saisissant.

La loi prévoit que toute personne signalant un crime, un délit financier ou un acte portant préjudice à l’intérêt général sera protégée dans le cadre de ses activités professionnelles. Mieux encore, les lanceurs d’alerte dont les révélations permettent de récupérer des fonds ou avoirs illicites bénéficieront d’une récompense équivalant à 10 % du montant recouvré, ou selon un barème fixé par les autorités compétentes. Une mesure qui traduit la volonté des nouvelles autorités sénégalaises de lutter contre la corruption et de renforcer la transparence publique.

Au Togo, la répression remplace la protection

À quelques centaines de kilomètres de Dakar, la situation est tout autre. Au Togo, les lanceurs d’alerte et les activistes de la société civile ne sont pas protégés : ils sont traqués. Enlèvements, arrestations arbitraires et intimidations semblent devenir la norme.

Le cas d’Akouété Théodore, enlevé le 14 août puis détenu cinq jours au Service central de recherches et d’investigations criminelles (SCRIC) avant son transfert en prison, illustre cette dérive. Trois autres jeunes militants du mouvement Tournons La Page (TLP) Koami Aziakou, Armand Agblèzè et Komi Agbagno ont eux aussi été arrêtés les 20 et 22 août sans motif clair.

Tournons La Page dénonce une criminalisation de la contestation

Dans un communiqué publié le 26 août, Tournons La Page a dénoncé une tentative d’intimidation visant à réduire au silence ses militants. Selon l’organisation, ces arrestations s’inscrivent dans une stratégie visant à impliquer ses membres dans un prétendu complot contre l’État.

« Nos militants n’ont aucune activité subversive », insiste Brigitte Ameganvi, membre du bureau exécutif de Tournons La Page international. « On cherche à les faire condamner pour déstabilisation afin d’empêcher toute activité de défense des droits humains et de la démocratie ».

Elle rappelle que plusieurs figures du mouvement, dont un proche collaborateur du professeur David Dosseh, ont déjà été arrêtées par le passé sans qu’aucune charge ne soit retenue. Pour elle, il s’agit d’un harcèlement systématique contre une des rares organisations encore actives sur le terrain.

Entre citoyenneté et musellement

Ces jeunes activistes, souvent impliqués dans des projets de sensibilisation à la citoyenneté, incarnent une génération désireuse de s’engager pour le changement. Mais dans un contexte marqué par la répression des voix critiques, leur rôle devient de plus en plus périlleux.

La situation soulève une question essentielle : comment un citoyen peut-il encore contribuer à dénoncer les abus de gouvernance si toute initiative critique est immédiatement réprimée ?

Deux trajectoires opposées en Afrique de l’Ouest

L’exemple sénégalais et le cas togolais illustrent deux visions diamétralement opposées de la gouvernance. D’un côté, un État qui cherche à institutionnaliser la transparence en protégeant les dénonciateurs d’abus ; de l’autre, un pays où la contestation est assimilée à une menace et où la répression prime sur le dialogue.

Pour les observateurs, ce contraste envoie un message fort : en Afrique, la protection des libertés citoyennes dépend encore largement de la volonté politique. Le choix entre protéger ou punir les lanceurs d’alerte révèle, au fond, la nature même du régime en place.

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