Actualités
Répression au Togo : la jeunesse togolaise rejette l’appel au dialogue de la CEDEAO
Alors que le sang de jeunes Togolais n’a pas encore séché dans les rues de Lomé, la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) publie un communiqué daté du 1er juillet 2025, appelant une fois de plus au « dialogue entre les parties prenantes ». Une formule creuse et convenue, que le Front citoyen Touche Pas à Ma Constitution (TPAMC) ne prend plus au sérieux. Pour ce mouvement issu de la société civile togolaise, cette énième tentative de médiation n’est rien d’autre qu’une couverture diplomatique offerte à une dictature vieillissante, celle de Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005.

Dialogue ou écran de fumée ?
Dans une déclaration au vitriol, le TPAMC ne mâche pas ses mots : « La CEDEAO relance sa mascarade ! » Le front dénonce un soutien implicite de l’organisation sous-régionale à un régime qui a, selon lui, systématiquement bafoué la Constitution, réprimé dans le sang les manifestations pacifiques et muselé toute opposition.
Les récents événements des 26, 27 et 28 juin, qui ont coûté la vie à au moins sept jeunes, sont au cœur de l’indignation. Le TPAMC accuse les forces de sécurité togolaises et leurs supplétifs en civil d’avoir perpétré des assassinats ciblés, tandis que la CEDEAO est restée silencieuse, avant de publier son traditionnel appel à la retenue.
Lire aussi : Togo : Quand tout devient IA
Une complicité qui dure depuis vingt ans
Le TPAMC retrace l’historique de la complaisance de la CEDEAO vis-à-vis du régime togolais, en soulignant trois moments-clés :
- En avril 2024, la CEDEAO n’a pas réagi lorsque Faure Gnassingbé a modifié la Constitution à quelques mois des élections, en violation flagrante du protocole de bonne gouvernance de l’organisation.
- En 2017, la CEDEAO avait déjà désamorcé un vaste mouvement populaire en proposant un dialogue politique qui a finalement permis au régime de se renforcer sans rien concéder.
- Et aujourd’hui encore, alors que la jeunesse togolaise se mobilise spontanément contre un système figé, l’organisation s’enferme dans son rôle de médiateur aveugle.
Une jeunesse sans interlocuteur
Contrairement aux soulèvements précédents, le mouvement actuel est largement autonome et décentralisé, porté par une nouvelle génération de Togolais, à la fois sur le terrain et dans la diaspora. Ni les partis politiques traditionnels ni les associations civiles institutionnalisées ne sont à l’origine des actions menées depuis juin.
Alors, avec qui la CEDEAO entend-elle dialoguer ? Avec les jeunes blogueurs, les artistes contestataires, les activistes numériques ? Le TPAMC pose la question : « La légitimité politique ne se négocie pas dans des salons feutrés, elle s’impose par la volonté du peuple. »

Des exigences claires et non négociables
Le Front citoyen formule cinq revendications clés :
- Retour à l’ordre constitutionnel de 1992, violé par les réformes unilatérales du pouvoir.
- Ouverture d’une enquête internationale indépendante sur les crimes commis en juin 2025.
- Libération immédiate de tous les prisonniers politiques, détenus pour avoir exercé leurs droits civiques.
- Fin de la dictature, dénoncée comme dynastique et corrompue.
- Mise en place d’une transition politique inclusive, pour refonder le vivre-ensemble national.
La CEDEAO face à ses contradictions
Le TPAMC met également en lumière les incohérences de la CEDEAO, qui a sanctionné sans relâche les régimes militaires du Mali, du Burkina Faso, de la Guinée et du Niger, mais qui ferme les yeux sur les coups d’État constitutionnels répétés au Togo. Une politique à géométrie variable qui, selon le mouvement, sape la crédibilité de l’organisation.
Comment justifier ce deux poids deux mesures ? Pourquoi les dictatures militaires sont-elles ostracisées tandis qu’un pouvoir civil autoritaire est toléré, voire soutenu ? Ces interrogations alimentent la colère d’un peuple qui se sent abandonné par les institutions régionales et trahi par une diplomatie sélective.
Un appel à la communauté internationale
Face à l’immobilisme de la CEDEAO, le TPAMC en appelle désormais à l’ONU, à l’Union Africaine, à la société civile africaine et aux démocraties du monde entier. Le silence complice doit cesser, affirment les membres du mouvement. Ils exigent un soutien réel et concret à la lutte pour la liberté, la démocratie et la justice au Togo.
« Que viennent les tyrans, ton cœur soupire vers la liberté ! »
conclut la déclaration du TPAMC, dans un appel vibrant à la résistance pacifique mais résolue.
Rejoindre notre communauté WhatsApp pour ne rien manquer.
Rejoignez notre communauté télégramme pour ne rien manquer.

