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Manifestation du 6 juin 2025 : l’artiste plasticien Eric Wonanu tranche
Dans une analyse à la fois lucide et engagée, l’artiste plasticien Eric Wonanu livre son regard « à froid » sur la manifestation citoyenne du 6 juin 2025. Un texte dense, percutant, qui revient sur ce que beaucoup considèrent déjà comme un tournant politique majeur au Togo.

Un moment historique selon l’artiste
Eric Wonanu n’hésite pas à qualifier la mobilisation du 6 juin de « moment historique ». Et pour cause : il rappelle que le pays n’avait pas connu de manifestation politique publique d’envergure depuis 2017. Celle de jeudi dernier, bien qu’interdite et sévèrement réprimée, a réussi l’exploit de mobiliser une jeunesse désabusée, épuisée, mais déterminée à se faire entendre.
Le rouge citoyen : un symbole numérique puissant
Premier mot d’ordre de la contestation : le rouge comme couleur de ralliement. Dès la nuit du 5 juin, les profils Facebook, Instagram et WhatsApp des jeunes Togolais se teintaient de rouge. Ce geste, hautement symbolique, a marqué les esprits par son ampleur. Wonanu souligne avec ironie que même les partisans du régime, s’ils tentaient une opération similaire avec le bleu du parti au pouvoir, n’obtiendraient pas une telle mobilisation.
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Minuit, casseroles et tam-tams : briser le silence
À l’appel des organisateurs — notamment des influenceurs issus de TikTok et du monde musical — une vague sonore a secoué la nuit togolaise à partir de minuit. Sifflets, casseroles, chants : les sons de la contestation ont retenti à Lomé et dans plusieurs villes de l’intérieur. Un acte pacifique mais audacieux, qui a culminé avec une occupation temporaire de la place de la Colombe de la paix, située au cœur névralgique du pouvoir.

Un cap franchi : marcher vers la Présidence
Le point culminant reste, selon Eric Wonanu, l’appel lancé à se rassembler aux abords de la Présidence. Une première dans l’histoire politique du pays. Si les manifestants ont été violemment dispersés dès les premières heures, beaucoup ont répondu présent, bravant les gaz lacrymogènes et les matraques. Pour l’artiste, ce geste dépasse le simple symbole : il s’agit d’un acte clair de défiance, d’une jeunesse qui refuse désormais de baisser la tête.
Une génération lucide, déterminée, pacifique
Malgré la répression, la violence policière, les arrestations et les blessures, la mobilisation est restée pacifique. Wonanu salue le courage de cette génération qu’il appelle les « bébés-Faure », née et grandie sous le long règne du président en place. Une jeunesse qui, selon lui, commence à se désillusionner face aux promesses non tenues, à la pauvreté rampante, et à l’injustice sociale devenue structurelle.
Aamron et les TikTokeurs : catalyseurs d’un feu latent
L’analyse revient aussi sur le rôle moteur joué par certains artistes et créateurs de contenu. Le rappeur Aamron, dont l’arrestation a cristallisé les frustrations, ainsi que les influenceurs comme Zaza Bambo, sont cités comme les déclencheurs d’un soulèvement longtemps contenu. La pauvreté, le chômage, l’effondrement du système scolaire et sanitaire, mais surtout l’arrogance d’une élite déconnectée, ont été les véritables combustibles.

« On a faim ! » : le cri d’une nation abandonnée
Pour Eric Wonanu, le cri des manifestants — « On a faim ! » — résonne comme un réquisitoire contre un régime figé dans le passé, incapable d’offrir des perspectives. « Rien n’a été fait pour leur avenir », écrit-il, en dénonçant un pouvoir accaparé par une minorité pendant que la majorité sombre dans la précarité.
Un texte qui fera date ?
L’analyse d’Eric Wonanu n’est pas un simple commentaire artistique. Elle s’inscrit dans une tradition d’engagement citoyen et de prise de parole qui dépasse les cercles intellectuels. Son texte, largement partagé depuis ce matin sur les réseaux sociaux, donne de la hauteur aux événements du 6 juin, et pourrait bien participer à renforcer une conscience collective en pleine mutation.
Une chose est sûre : le Togo n’a pas fini d’entendre parler du 6 juin 2025. Et Eric Wonanu, par sa plume et son courage, vient d’en graver une page.
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