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Lomé-Aflao : Frontière fermée, économie étranglée… qui paie le prix ?
La fermeture des points de passage frontaliers entre Lomé et Aflao plonge des milliers de Togolais dans une précarité accrue. Officiellement justifiée par la lutte contre le trafic de drogues, le carburant, la contrebande et les passeurs, cette mesure met pourtant à nu les difficultés sociales et économiques des riverains. Élèves, travailleurs et commerçants voient leur quotidien bouleversé, alors que la misère et le racket se renforcent. Derrière la sécurité affichée, c’est toute une population qui paie le prix fort.
Le ministre togolais de la Sécurité et de la Protection civile, Calixte Batossie Madjoulba, a justifié cette mesure par la nécessité de lutter contre la criminalité transfrontalière. Selon lui, ces fermetures découlent d’une évaluation sécuritaire ayant révélé une prolifération d’activités illégales : trafics de drogues et de carburant, contrebande de marchandises et de ressources naturelles, traite d’êtres humains, ainsi que circulation d’armes et de véhicules volés.
Une réalité sécuritaire qui cache d’autres enjeux
Si la justification sécuritaire semble légitime, beaucoup d’observateurs estiment que cette décision cache d’autres motivations. Depuis les manifestations populaires de juin 2025, les contrôles aux frontières s’étaient déjà durcis, rendant la circulation de plus en plus difficile pour les populations riveraines. La fermeture définitive de plusieurs passages apparaît ainsi comme une mesure politique, visant également à contenir les contestations sociales et à renforcer le contrôle du territoire.
Des voix critiques s’élèvent pour dénoncer une décision plus répressive que protectrice. Selon elles, la lutte contre les trafics et la criminalité ne peut se limiter à la fermeture de points de passage utilisés depuis des décennies par des populations frontalières, mais devrait plutôt s’accompagner d’une amélioration de la gouvernance et de la lutte contre la pauvreté endémique qui alimente ces pratiques.
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Les populations locales, premières victimes
Les conséquences sociales de cette mesure sont déjà visibles. Des milliers d’élèves et de travailleurs qui traversaient quotidiennement la frontière pour étudier ou exercer une activité professionnelle sont désormais confrontés à un véritable parcours du combattant. Les trajets sont rallongés, les frais de transport augmentent et la fatigue s’accroît, aggravant une précarité déjà généralisée.
En juillet dernier, le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Okudzato Ablakwa, avait pourtant alerté sur les répercussions négatives de telles restrictions. Mais ses avertissements n’ont pas été entendus. Aujourd’hui, les riverains subissent une double peine : non seulement ils voient leur mobilité réduite, mais ils sont aussi exposés à des pratiques de racket de la part de certains agents de sécurité profitant de la situation.
Une économie frontalière asphyxiée
De part et d’autre de la frontière, des milliers de petits commerçants vivaient du commerce transfrontalier informel. La fermeture des passages secondaires a porté un coup dur à cette économie de survie. Le coût des marchandises a grimpé, l’offre s’est réduite et de nombreux foyers se retrouvent désormais privés de ressources essentielles.
Pour les habitants des zones frontalières, la frontière n’a jamais été une barrière mais plutôt un espace de vie et d’échanges. Fermer ces points de passage sans concertation ni accompagnement équivaut, selon certains, à étouffer des populations déjà fragilisées par la pauvreté et le chômage.
Des alternatives nécessaires pour une sécurité durable
Si la volonté de renforcer la sécurité nationale est compréhensible, plusieurs spécialistes estiment que la solution ne réside pas uniquement dans la fermeture de passages frontaliers. Ils plaident pour des mécanismes plus équilibrés : lutte contre la corruption dans les rangs des forces de sécurité, meilleure coopération avec les autorités ghanéennes, renforcement de la gouvernance locale et surtout mise en œuvre de politiques sociales permettant de réduire la misère.
Car, comme le soulignent de nombreux observateurs, le véritable problème du Togo n’est pas seulement le passage illégal de motos ou de marchandises, mais bien la pauvreté structurelle qui pousse les populations à vivre de l’économie informelle.
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