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Concours publics au Mali : un rappeur transforme sa voix en justice

Concours publics au Mali : un rappeur transforme sa voix en justice

Au Mali, l’histoire de Cheick Oumar Doumbia, alias Lezy Booza, ne laisse personne indifférent. Ce nom, autrefois scandé dans les cercles du rap conscient malien, est désormais inscrit sur les bancs de la magistrature. Une reconversion symbolique et puissante qui dépasse la réussite personnelle pour soulever des questions majeures sur la transparence, la méritocratie et le rôle de la jeunesse dans la construction des institutions.

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Ancien rappeur engagé, Lezy Booza n’a jamais cessé de dénoncer l’injustice. Mais à défaut de voir des changements tangibles, il choisit de troquer sa plume musicale contre la plume judiciaire. Aujourd’hui admis au concours des auditeurs de justice, il témoigne d’un parcours ardu mais lucide, où l’engagement citoyen est resté le fil conducteur.

L’échec de l’industrie musicale, la bascule vers le droit

Dans une publication devenue virale sur les réseaux sociaux, Cheick Oumar Doumbia revient sur les raisons de sa reconversion :

« De la plume engagée au marteau de juge, le chemin fut long, rude et sans raccourcis. »

Pendant plus de dix ans, il a tenté d’utiliser le rap comme levier d’éveil des consciences, fustigeant les élites corrompues et l’apathie sociale. Mais confronté à un manque de soutien, à une industrie musicale jugée superficielle et opportuniste, il finit par tirer un trait sur cette voie.

« J’ai vite compris que ma place n’était pas dans ce milieu », confie-t-il avec sincérité.

Magistrat, par conviction… et par héritage

Refusant de s’enfermer dans la résignation, Lezy Booza s’engage dans une reconversion académique exigeante : Master II en droit privé général, stages, concours, enseignement. Une rigueur qui porte ses fruits en 2023 lorsqu’il réussit deux concours prestigieux : greffier en chef et auditeur de justice. Il choisit la magistrature, non pour la stabilité de l’emploi, mais pour le poids symbolique de la fonction.

Son choix est également personnel :

« C’est un hommage à ma mère, Me Djénéba Kéïta, greffière en chef à la retraite. Elle a été mon modèle. »

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Une critique de fond sur l’accès aux concours publics

Au-delà de sa réussite, Cheick Oumar Doumbia met le doigt sur une problématique cruciale : la transparence des concours publics au Mali.

« Sans cette transparence, avouons-le, beaucoup d’admis, dont moi, ne l’auraient pas été. »

Cette phrase, apparemment anodine, est en réalité un signal d’alarme. Dans un pays régulièrement secoué par des scandales de fraudes, de favoritisme ou de clientélisme, l’intégrité des concours d’accès à la fonction publique est souvent remise en cause. Son témoignage apporte donc une rare voix interne, lucide et constructive, appelant à préserver et renforcer ces îlots d’espoir.

Révolution silencieuse : de la rime à la robe

Pour Lezy Booza, ce changement de cap n’est pas une trahison de ses engagements, mais leur continuation sous une autre forme :

« Le sens même du rap, c’est Revolution of African People, contre l’injustice. »

Aujourd’hui, il ne chante plus la révolution, il la juge. Ce passage du micro au marteau judiciaire reflète une volonté de faire bouger les lignes de l’intérieur, en incarnant un nouveau visage de la jeunesse africaine : responsable, compétente et engagée.

Vers un débat national sur la méritocratie ?

L’histoire de ce rappeur devenu magistrat relance un débat national fondamental : les concours publics sont-ils encore des voies d’ascension sociale pour les jeunes issus de milieux modestes ? La réponse semble ici positive, mais l’exception doit devenir la norme. Si les institutions maliennes veulent regagner la confiance des citoyens, elles devront garantir que le mérite, la compétence et la transparence prévalent sur les réseaux, les appartenances ou la corruption.

Lezy Booza n’a pas seulement réussi un concours. Il vient peut-être de réveiller une génération.

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