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Afrique : 60 ans après les indépendances, le continent face à ses dépendances
Soixante ans après la vague des indépendances, le continent africain peine encore à trouver une trajectoire claire et autonome. Dans une analyse critique, Folikoué Ékoué Roger met en lumière les contradictions qui traversent l’Afrique contemporaine : aspirations à la souveraineté face à des dépendances économiques et politiques persistantes, revendications démocratiques face à des pratiques autoritaires. Loin d’un discours triomphaliste, son constat résonne comme un appel à une profonde remise en question.

L’Afrique d’aujourd’hui reste prisonnière de frontières héritées de la colonisation et de systèmes politiques fragiles. Au lieu de dépasser l’héritage de Berlin 1884, où le continent fut morcelé sans les Africains, les dirigeants se retrouvent encore divisés, parfois acteurs ou complices de conflits instrumentalisés par des puissances étrangères.
Le poids des frontières et des divisions héritées
La Charte de l’Union Africaine a consacré l’intangibilité des frontières coloniales, un choix destiné à éviter les conflits mais qui a figé le continent dans des découpages artificiels. Pour Folikoué Ékoué Roger, cette inertie a empêché l’émergence d’une vision commune et d’un projet continental audacieux. Les guerres civiles, du Biafra à la Centrafrique en passant par le bassin du lac Tchad, témoignent de divisions entretenues ou exacerbées par des influences extérieures.
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Ce paradoxe est frappant : l’Afrique dénonce le partage colonial mais reste divisée par ses propres élites, incapables de construire un destin collectif.
La démocratie : un idéal détourné
À La Baule en 1990, l’Afrique s’était vue proposer la démocratie comme modèle politique. Mais la réponse des dirigeants fut ambivalente : refus initial au nom du « développement », puis adoption d’une démocratie formelle vidée de sa substance. Selon Roger, la pratique du pouvoir sur le continent s’est traduite par une « démocratie dévoyée », réduite à des élections contestées, manipulées, parfois sanglantes.

Le virus du « troisième mandat », la modification des constitutions à volonté et l’affaiblissement de l’espace public alimentent une crise de légitimité des dirigeants. La souveraineté populaire, essence de la démocratie, est remplacée par une souveraineté personnelle ou clanique.
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Indépendance ou éternelle dépendance ?
Si chaque État africain célèbre sa fête de l’indépendance, cette souveraineté demeure largement théorique. Folikoué Ékoué Roger souligne que l’indépendance véritable suppose de penser l’interdépendance mondiale et de créer de la valeur ajoutée sur place. La richesse du continent ne réside pas uniquement dans ses ressources naturelles, mais dans sa capacité à les transformer et à investir dans l’éducation, la recherche et l’innovation.
Pourtant, les universités africaines manquent de moyens, les laboratoires d’innovation sont quasi inexistants, et la fuite des cerveaux vers l’Occident s’accélère. La jeunesse, au lieu d’être un moteur, devient une proie pour des programmes étrangers comme Campus France ou des visas sélectifs des puissances occidentales.
La leçon de Soundjata Keïta : une Afrique résiliente peut se redresser
En conclusion, Roger convoque l’épopée mandingue : l’image de Soundjata Keïta, enfant infirme qui réussit à se lever en pliant une barre de fer, comme symbole de résilience. L’Afrique, humiliée mais dotée d’une force intérieure immense, doit trouver en elle-même l’énergie de se relever.
Cette métaphore est un appel à l’action : le continent doit cesser de plier sous les influences extérieures et ses propres contradictions, pour enfin transformer ses blessures en force. C’est à ce prix seulement qu’il pourra prétendre à un leadership authentique au XXIᵉ siècle.
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