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Togo : Vers une nouvelle forme de lutte politique ?
Réunies ce lundi lors d’une conférence de presse conjointe, plusieurs organisations politiques et acteurs de la société civile togolaise ont réagi à la récente libération de certains détenus politiques par le régime de Faure Gnassingbé. Si le geste a été salué par les familles concernées, l’opposition y voit avant tout une opération de communication politique, destinée à apaiser momentanément les tensions sans s’attaquer aux causes profondes de la crise.
Les conférenciers ont résumé leur analyse par une formule devenue centrale dans leur discours : celle du « pompier pyromane ». Selon eux, le pouvoir crée les conditions de l’injustice et de la répression, avant de tenter de se présenter comme un acteur de décrispation à travers des décisions limitées et calculées.
« Ils n’auraient jamais dû être emprisonnés »
Pour l’opposition, le débat ne devrait même pas porter sur la libération de ces détenus, mais sur le caractère arbitraire de leur incarcération. « Tous les Togolais savent que ces prisonniers n’auraient jamais dû être arrêtés », ont martelé les responsables, dénonçant des souffrances qualifiées d’injustifiées et d’inhumaines.
Parmi les personnes récemment libérées figurent notamment Grâce Koumayi, Amavi Katanga, Chimène Apevon, Abevi Adboul Razak et Koffi Ostache Missodé. Des noms devenus, pour l’opposition, le symbole d’une répression politique persistante.
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Près de 70 détenus toujours en prison
Malgré ces libérations, les leaders politiques estiment que la situation reste alarmante. Selon eux, près de 70 prisonniers politiques demeurent encore derrière les barreaux. Ils citent notamment Marguerite Gnakadé, Jean-Paul Oumolou ou encore Kpatcha Gnassingbé.
Cette réalité, affirment-ils, relativise fortement la portée du geste gouvernemental. « On ne peut parler d’apaisement tant que des citoyens restent emprisonnés pour leurs opinions ou leurs engagements politiques », soutiennent-ils.
Réconciliation nationale : des conditions non négociables
L’opposition rejette l’idée selon laquelle ces libérations constitueraient un pas significatif vers la réconciliation nationale. Pour elle, une véritable décrispation passe par des actes clairs : la libération immédiate et inconditionnelle de tous les détenus politiques, ainsi que le retour sécurisé de tous les exilés politiques.
Sans ces mesures, estiment les conférenciers, toute tentative de dialogue ou de réconciliation restera superficielle et vouée à l’échec.
Un discours présidentiel jugé en décalage avec la réalité
Au-delà de la question des détentions, les critiques ont également visé le discours de fin d’année du chef de l’État, dans lequel il promettait de « protéger, rassembler et transformer » le Togo. Pour l’opposition, ces promesses contrastent fortement avec la réalité vécue par les populations.
« Comment parler de protection quand des citoyens sont torturés ou que des jeunes perdent la vie lors de manifestations pacifiques ? », s’interrogent les responsables. Ils accusent le régime de favoriser la division, notamment à travers la légitimation de groupes violents et des réformes constitutionnelles imposées sans consultation populaire.
Vie chère et mesures sociales jugées insuffisantes
La situation socioéconomique n’a pas été épargnée par les critiques. Si le programme Novissi et le versement de 25 000 francs CFA à certaines familles vulnérables sont reconnus, l’opposition les juge largement insuffisants face à la cherté de la vie.
La menace d’une hausse des tarifs de l’électricité et de l’eau, combinée à l’augmentation des prix des produits de première nécessité, accentue selon elle le malaise social et alimente un mécontentement grandissant au sein de la population.
Appel à la vigilance et à de nouvelles formes de mobilisation
Face à ce contexte, l’opposition appelle les Togolais à rester mobilisés et à ne pas céder à la peur. Elle invite le peuple à revendiquer ses droits, à poursuivre la contestation de la nouvelle Constitution et à se préparer à des formes de lutte renouvelées, adaptées aux contraintes actuelles.
« Un peuple qui reste silencieux devant l’injustice est complice de sa propre servitude », a déclaré l’opposant Nathaniel Olympio, appelant les citoyens à refuser toute forme de résignation.
Des libérations qui ne suffisent plus
En conclusion, les organisations politiques et de la société civile estiment que les libérations partielles ne peuvent plus calmer l’opinion publique. Elles exigent des actions profondes et durables pour restaurer la justice, la dignité et la confiance entre l’État et les citoyens.
Pour elles, la question reste ouverte : le Togo s’oriente-t-il vers une nouvelle forme de lutte politique et citoyenne face à un pouvoir jugé inflexible ?
