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Togo-Lettre ouverte au gouvernement : les enseignants licenciés exigent justice

Éducation nationale : 300 enseignants retraités maintenus en fonction

Trois ans après leur radiation brutale, les enseignants togolais licenciés du 25 avril 2022 brisent à nouveau le mur de l’indifférence. Cette fois, ce n’est plus une simple revendication syndicale : c’est un cri d’alerte, une supplique pour ne plus mourir dans l’oubli. Deux d’entre eux sont déjà tombés, fauchés par la misère et l’abandon. Et pendant que les autorités gardent le silence, une question brûle les lèvres : combien faudra-t-il de morts pour que justice soit rendue ? Dans une lettre ouverte bouleversante, ces éducateurs racontent leur descente aux enfers, leur exclusion systémique, et interpellent l’État togolais, les syndicats, et la conscience nationale. Car derrière cette affaire, c’est une image bien plus vaste qui se dessine : celle d’une République qui tourne le dos à ses bâtisseurs du savoir.

csaf

LETTRE OUVERTE AU PEUPLE TOGOLAIS, AUX ENSEIGNANTS ET AU GOUVERNEMENT DE LA RÉPUBLIQUE TOGOLAISE

À l’attention de

  • Son Excellence Monsieur le Président du Conseil des Ministres de la République Togolaise,
  • Monsieur le Ministre de la Fonction Publique,
  • Monsieur le Ministre des Enseignements Primaire, Secondaire et Technique,
  • Mesdames et Messieurs les leaders syndicaux de l’éducation,
  • Nos chers concitoyens togolais,
  • Et à l’opinion nationale et internationale. OBJET : Le cri d’alarme des enseignants licenciés du 25 avril 2022 – Nous ne voulons plus compter nos morts.

Le cœur lourd et la gorge nouée, nous, enseignants togolais licenciés par Arrêtés en date du 25 avril 2022, prenons une fois encore la plume pour vous adresser cette lettre ouverte, non plus pour revendiquer ou nous plaindre, mais pour pleurer nos morts et alerter la conscience collective d’un peuple qui ne peut continuer à regarder ailleurs.

Depuis plus de trois ans, nous vivons dans l’ombre, victimes d’une décision administrative qui continue d’hypothéquer nos vies et celles de nos familles. Nous avons tout essayé : courriers, demandes de réintégration, démarches administratives, recours à la justice, plaidoyers nationaux et internationaux. RIEN N’Y FIT.

L’Organisation Internationale du Travail (OIT), saisie à travers un plaidoyer, a recommandé à l’État togolais de réhabiliter les enseignants licenciés. La Cour de Justice de la CEDEAO, saisie par 53 collègues parmi nous, a condamné l’État togolais à verser 10 millions de FCFA à chacun des plaignants. Et pourtant, malgré ces décisions, rien ne change pour les 66 autres enseignants non plaignants. Aucune main ne s’est tendue, aucune oreille n’a entendu notre détresse.

Aujourd’hui, le bilan est tragique.

  • Le 22 octobre 2022, nous perdions GNONKPA Renan M’moagni, décédé dans des conditions troubles.
  • Le 20 juillet 2025, nous pleurons AGBADE Komlan , arraché à la vie faute de moyens financiers pour se soigner d’une maladie grave.
  • Deux morts . Deux vies fauchées. Deux familles brisées. Et une immense douleur pour tout un corps enseignant, pour toute une nation. Nous ne voulons plus compter nos morts. L’heure n’est plus aux silences, ni aux tergiversations. L’heure est à l’action, à la justice, à la restauration de la dignité.

Certains parmi nous, avec courage, ont tenté de repasser des concours de la fonction publique. D’autres ont été admis à des formations après concours. Et pourtant, les portes leur ont été fermées, verrouillées, bloquées, simplement parce qu’ils portent l’étiquette  » d’enseignants licenciés de 2022 ”. Faut-il mourir pour être entendu ?

Depuis plus de trois ans, nous survivons dans la misère, sans salaire, sans couverture sociale, sans avenir, abandonnés par tout le monde, même par ceux qui jadis luttaient à nos côtés.

En écrivant cette lettre, nous ne cherchons pas la pitié. Nous cherchons la justice et la reconnaissance de notre dignité d’enseignants togolais.

CSAF

Nous appelons le gouvernement togolais à :

  • Appliquer les recommandations de l’OIT ;
  • Mettre en œuvre la décision de la CEDEAO dans sa globalité ;
  • Réhabiliter tous les enseignants licenciés du 25 avril 2022 ;
  • Ouvrir un dialogue franc et sincère avec les représentants des enseignants licenciés ;
  • Mettre fin au cycle de souffrance et de marginalisation dont nous sommes les victimes. Nous appelons nos collègues enseignants de tout le pays, les syndicats du secteur de l’éducation nationale, les associations, les citoyens engagés, à ne pas nous oublier.

Nous appelons à la solidarité, à la justice et à la réparation.

Car nous voulons vivre. Nous voulons enseigner. Nous voulons servir notre pays comme nous l’avons toujours fait avec passion et dévouement.

Que la mémoire de nos deux collègues disparus nous interpelle.

Que leur mort ne soit pas vaine.

Pour que jamais plus, dans notre République, on n’assiste impuissant à l’effondrement silencieux de ceux qui ont choisi de construire la nation par le savoir.

Fait à Lomé, le 24 Juillet 2025

Signé
Les enseignants licenciés de 2022 du Togo.

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#Togo#
CSAF

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