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Togo – Gouvernance, répression, Constitution : Matthieu Abalo rompt le silence dans une lettre ouverte à Bawara
Dans un contexte sociopolitique tendu au Togo, marqué par des contestations populaires, des violences étatiques et des atteintes aux libertés fondamentales, la voix d’un artiste s’élève avec courage. Le 1er juillet 2025, Matthieu Abalo, auteur-réalisateur togolais, a adressé une lettre ouverte au ministre de la Fonction publique, du Travail et du Dialogue social, Gilbert Bawara, dénonçant les dérives sécuritaires et appelant à une application stricte et juste de la loi.

Cette démarche, rare et audacieuse, rappelle que les artistes ne sont pas simplement des créateurs de formes esthétiques, mais aussi des piliers de la conscience nationale, témoins des maux de leur époque.
Quand l’État devient sa propre contradiction
Dans sa lettre, Matthieu Abalo fait preuve d’un respect républicain tout en exprimant une profonde inquiétude. Il commence par saluer les qualités oratoires du ministre Bawara, mais oppose rapidement à cette éloquence les contradictions flagrantes entre les principes défendus par l’État et la réalité du terrain.
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Abalo cite notamment l’arrestation de l’artiste Aamron, opérée selon lui en dehors des règles légales : ni plainte formelle, ni mandat, ni information au procureur. Une arrestation nocturne, symptomatique d’un climat d’insécurité juridique qui, au lieu de garantir la paix, génère la peur et le doute parmi la population.
Les violences récentes comme catalyseur
La lettre évoque sans détour les récents événements tragiques des 26, 27 et 28 juin 2025, où plusieurs jeunes Togolais ont perdu la vie, parfois sans même avoir participé aux manifestations. L’un des cas les plus bouleversants est celui d’un adolescent de 14 ans, mort alors qu’il était simplement chez lui. Des civils agressés à domicile par des hommes en tenue militaire, des corps retrouvés dans les lagunes… Le tableau que dresse Abalo est glaçant.

Face à ce chaos, l’auteur souligne l’absence de réponse des autorités sécuritaires, un silence institutionnel qu’il qualifie de faute grave. « Aucun membre des forces de l’ordre n’a pris la parole », déplore-t-il, rappelant que leur mission première est d’assurer la sécurité des personnes et des biens.
Une critique juridique documentée
Ce qui donne un poids supplémentaire à cette lettre, c’est la maîtrise juridique qu’affiche Abalo. Il cite l’article 58 de la Constitution, qui fait du président le garant du respect de la Loi fondamentale. Puis il oppose deux articles majeurs (59 et 144) pour souligner l’inconstitutionnalité du mode de révision utilisé récemment, notamment dans le cadre de la limitation ou de la reconduction des mandats présidentiels. Un débat sensible au Togo, souvent à l’origine des tensions populaires.
Cette rigueur dans l’argumentation traduit une volonté non pas d’attaquer pour nuire, mais d’interpeller pour construire.
Une jeunesse lucide et debout
Matthieu Abalo ne parle pas qu’en son nom. Il porte la voix d’une jeunesse togolaise éveillée, désireuse de comprendre et d’influencer le destin de son pays. Loin des slogans ou des dogmes politiques, il invite à une reconnaissance pleine de la capacité des jeunes à réfléchir, critiquer, bâtir.
Il critique une classe dirigeante parfois déconnectée des réalités, prise dans une logique individualiste qui va à l’encontre des valeurs communautaires africaines ancestrales. Une observation profonde qui rejoint un malaise plus large sur le manque d’humanité et de proximité du pouvoir avec le peuple.
Un appel à la cohérence républicaine
Dans sa conclusion, Abalo reprend les propos même de Bawara : « La responsabilité de l’État, des forces de l’ordre et de l’appareil judiciaire est de faire respecter la loi ». Il les lui retourne, comme un miroir tendu, pour rappeler qu’il ne suffit pas de dire la loi, il faut la vivre, la respecter, la défendre, surtout lorsqu’on est au pouvoir.
Ce message, bien que courtois et mesuré, est un acte de résistance citoyenne, un cri pour la justice, un appel à la cohérence dans une société fragilisée par les abus et l’opacité.
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