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Togo–Bénin : Une campagne transfrontalière inédite contre le paludisme chez les enfants
Lorsque les frontières deviennent des pièges mortels pour les plus jeunes, deux nations décident de réagir ensemble. À Kémérida, entre le Togo et le Bénin, une alliance inédite vient de se nouer contre un ennemi invisible mais redoutable : le paludisme. Cette maladie, pourtant évitable et curable, continue de décimer silencieusement des milliers d’enfants chaque année, surtout en saison des pluies où elle frappe avec cruauté. Face à ce fléau, les autorités sanitaires togolaises et béninoises ont décidé de briser les logiques nationales pour mettre en œuvre une campagne transfrontalière harmonisée de chimioprévention, véritable bouclier sanitaire collectif pour les enfants de 3 à 59 mois. Plus qu’une opération de santé publique, c’est un signal fort envoyé à toute l’Afrique de l’Ouest : seul un front commun peut venir à bout d’une maladie qui ne connaît ni passeport, ni douane.

Soutenue par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et coordonnée au Togo par le Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP), cette opération s’inscrit dans le cadre de la Stratégie technique mondiale contre le paludisme 2016-2030. Plus qu’une simple campagne de prévention, il s’agit d’un tournant dans la lutte régionale contre cette maladie endémique qui continue de faire des ravages, notamment chez les plus jeunes.
Des frontières poreuses, un défi sanitaire partagé
Dans les zones frontalières entre le Togo, le Bénin, le Burkina Faso et le Ghana, les populations circulent librement pour des raisons économiques, sociales ou familiales. Cette mobilité permanente rend difficile la mise en œuvre de campagnes sanitaires strictement nationales. Selon les spécialistes, certains enfants reçoivent deux fois le traitement préventif, tandis que d’autres, moins visibles ou en déplacement, ne le reçoivent jamais.
C’est dans ce contexte qu’a été imaginée la campagne transfrontalière harmonisée. Elle prévoit une synchronisation des actions sanitaires, un calendrier commun et un partage des données entre les pays partenaires. En clair, il s’agit de parler le même langage dans tous les postes sanitaires de part et d’autre de la frontière, afin de garantir une couverture efficace et équitable.
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Une mobilisation multisectorielle pour des résultats durables
Le lancement officiel a été marqué par l’administration symbolique de la première dose de traitement à un enfant, geste fort d’engagement communautaire. Prenant la parole au nom du ministre togolais de la Santé, Dr Katchoou Wiyao, directeur préfectoral du Centre hospitalier de Pagouda, a rappelé l’urgence :
« Le paludisme continue de faire des ravages, notamment chez les enfants. Il est de notre devoir de tout mettre en œuvre pour leur assurer une protection efficace. »

Un message appuyé par les chiffres alarmants dévoilés par Dr Atékpé Payakissim Somiabalo, coordonnateur national du PNLP. En 2024, plus de 2,1 millions de cas de paludisme ont été enregistrés au Togo, dont plus de 640 000 chez les enfants de moins de cinq ans. Le pays a déploré 993 décès, dont 689 concernent les tout-petits. Une hécatombe silencieuse.
Chimioprévention : une stratégie à amplifier
La CPS repose sur l’administration périodique de médicaments antipaludiques aux enfants durant la saison de haute transmission. En réduisant la charge parasitaire dans les organismes des enfants à risque, cette méthode contribue à prévenir les cas graves et les décès. Mais son efficacité dépend fortement de la régularité des prises, de l’adhésion des familles et de la couverture territoriale.
Les autorités sanitaires insistent donc sur la sensibilisation communautaire, afin que les parents comprennent les enjeux et accompagnent le processus. Des relais communautaires, leaders religieux et chefs traditionnels sont ainsi impliqués pour relayer le message dans les langues locales et renforcer la confiance.
Vers une approche régionale intégrée ?
Ce partenariat entre le Togo et le Bénin ouvre la voie à une approche sanitaire plus intégrée en Afrique de l’Ouest. Le paludisme ne connaît pas de frontières, et seule une réponse coordonnée pourra l’endiguer. Plusieurs observateurs suggèrent déjà d’étendre ce modèle à l’ensemble de la sous-région, avec un appui renforcé des partenaires techniques et financiers.
La campagne transfrontalière lancée à Kémérida pourrait donc servir de projet pilote pour une action élargie contre le paludisme dans l’espace CEDEAO, à l’image des efforts déjà réalisés contre d’autres épidémies transnationales.
Conclusion : protéger les enfants, au-delà des frontières
Alors que le paludisme reste l’une des principales causes de mortalité infantile en Afrique, l’initiative du Togo et du Bénin apporte un souffle d’espoir. En harmonisant leurs efforts, en brisant les barrières administratives et en mettant l’enfant au centre de leurs priorités, les deux pays montrent que la coopération est non seulement possible, mais vitale.
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