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Rwanda–RDC : Paul Kagame relance le débat sur les accords de Washington
Paul Kagame a rompu avec son ton habituellement mesuré. Dans une interview exclusive accordée à Al Jazeera, le président rwandais a livré une analyse directe et tranchée des accords de paix signés le 4 décembre à Washington. Loin des nuances diplomatiques, il renvoie la responsabilité de ces processus à la République démocratique du Congo (RDC), affirmant que c’est Kinshasa, et non Kigali, qui a ouvert les voies de Doha et de Washington. Une déclaration qui pourrait rebattre les cartes d’un dossier déjà explosif dans la région des Grands Lacs.
Kagame rejette les accusations sur un Rwanda tourné vers l’extérieur
L’un des reproches les plus persistants à l’égard de Kigali concerne son prétendu recours à des négociations hors du cadre africain. Paul Kagame balaie cette idée : selon lui, c’est le président Félix Tshisekedi qui a lui-même initié ces démarches diplomatiques.
« La RDC a tout initié, pas nous », martèle-t-il.
Kagame évoque même une stratégie congolaise visant à manipuler les processus internationaux, appuyée sur l’image d’un pays “trop grand” et envié par les puissances étrangères. Une lecture qui expose la profondeur de la méfiance entre les deux capitales.
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Des accords signés… mais un scepticisme persistant
Malgré la signature des accords à Washington, Kagame rappelle un comportement qu’il juge récurrent chez son voisin : l’inconstance.
« La RDC signe des accords puis dit le contraire », affirme-t-il, laissant planer le doute sur l’application réelle des engagements pris.
Cette déclaration souligne que les textes signés aux États-Unis, bien que salués par plusieurs partenaires internationaux, ne suffisent pas à dissiper les tensions structurelles entre Kigali et Kinshasa.
Le Rwanda réaffirme son engagement dans les processus africains
S’il dénonce les reproches formulés à son encontre, Kagame précise que son pays n’a jamais abandonné les cadres de négociation régionaux. Doha, processus africains, médiations continentales : Kigali assure avoir toujours répondu présent.
« Nous n’avons pas abandonné les processus africains. Nous avons exposé les faits et nous nous sommes concentrés sur les causes profondes », souligne-t-il.
Une manière pour le chef d’État rwandais de repositionner son pays comme acteur légitime des dynamiques régionales.
Les accusations sur les minerais, un point sensible
L’entretien met également en lumière un sujet explosif : les richesses minières. Depuis des années, le Rwanda est accusé de profiter des ressources extraites en RDC, notamment dans les zones contrôlées par des groupes armés. Kagame rejette fermement ces accusations et insiste sur l’existence de gisements rwandais :
« Nous avons du tungstène, de l’étain, du tantale, et d’une qualité supérieure », affirme-t-il.
Selon lui, une vision erronée veut que toutes les ressources stratégiques proviennent de la RDC, alimentant des soupçons injustifiés sur le Rwanda. Cette clarification intervient dans un contexte où la question des minerais reste au cœur des tensions à l’est de la RDC.
Un regard favorable sur la méthode américaine
Sur le plan géopolitique, Kagame dit apprécier la méthode du président américain Donald Trump, qu’il qualifie de « transactionnelle », directe et orientée vers des résultats rapides.
Il salue également l’implication de Washington dans la conclusion des accords :
« Je n’ai jamais vu un niveau d’attention et d’énergie comparable », confie-t-il.
Les États-Unis ont effectivement exercé une pression inhabituelle pour obtenir des engagements fermes de la part des deux pays, un rôle que Kigali considère comme potentiellement décisif pour la stabilité des Grands Lacs.
Des tensions toujours palpables malgré la signature
Si l’interview met en lumière l’optimisme prudent du Rwanda vis-à-vis du processus de Washington, elle révèle aussi la persistance d’une méfiance profonde entre Kigali et Kinshasa. Les déclarations de Kagame — notamment sur l’initiative congolaise des pourparlers et sur les ressources minières — pourraient rallumer les tensions diplomatiques.
L’accord signé aux États-Unis n’efface ni les divergences historiques, ni les intérêts économiques croisés, ni les rivalités régionales.
Une paix encore fragile
La paix annoncée dépend désormais de la capacité réelle des deux États à appliquer leurs engagements. Dans une région historiquement instable, les regards resteront braqués sur Kigali et Kinshasa.
Les prochaines semaines pourraient déterminer si les engagements de Washington ouvrent la voie à une paix durable ou s’ils s’ajouteront simplement à la longue liste des accords jamais pleinement appliqués dans les Grands Lacs.
