Diplomatie
Quand un projet apicole au nord du Togo s’invite dans la bataille politique parisienne
Un projet de développement rural au nord du Togo, à première vue modeste, s’est retrouvé au cœur d’une vive controverse politique à Paris. En cause : le renouvellement d’une subvention municipale accordée par la Ville de Paris à une association togolaise, dans un climat de fortes tensions autour de la gestion financière de la mairie dirigée par Anne Hidalgo.
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Un projet de solidarité internationale sous le label SOLIDEV
Le projet s’inscrit dans le cadre du Label SOLIDEV 2024, un dispositif de solidarité internationale porté par la Ville de Paris. En février 2024, une enveloppe globale de 80 000 euros avait été attribuée à neuf associations intervenant en Afrique et en Amérique latine.
Parmi les bénéficiaires figure l’association APIFLORDEV, partenaire de l’Association des femmes leaders de Tandjouaré, dans la région des Savanes, au nord du Togo. Le financement alloué à ce projet précis s’élève à 6 000 euros.
Autonomisation des femmes et production locale de miel
Le projet apicole vise la création d’un rucher de 50 ruches et la formation de 15 femmes apicultrices. À terme, la production annuelle est estimée à 500 kilogrammes de miel et 50 kilogrammes de cire, destinés à la commercialisation sur les marchés locaux.
Pensée comme un levier d’autonomisation économique féminine, l’initiative cible une zone confrontée à une forte précarité et à une insécurité croissante, dans un contexte où les opportunités de financement restent rares.
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Sécurité dégradée et suspension partielle du projet
Depuis la mi-2024, la détérioration de la situation sécuritaire dans le nord du Togo a cependant freiné la mise en œuvre du projet. Les restrictions de déplacement imposées par les autorités togolaises ont empêché la tenue des missions de formation initialement prévues.
Afin de permettre l’aboutissement du programme, la maire de Paris a proposé, en conseil municipal, une prolongation de 12 mois de la convention liant la Ville à l’association bénéficiaire, repoussant l’échéance du projet à août 2026.
Vives critiques de l’opposition à Paris
C’est cette décision de prolongation qui a déclenché une polémique politique dans la capitale française. Des élus d’opposition dénoncent ce qu’ils qualifient de « dérive budgétaire », estimant que la mairie finance des projets à l’étranger alors que Paris fait face à une dette municipale élevée et à une augmentation des dépenses de fonctionnement.
Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes et responsables politiques brandissent ces subventions à destination du Togo, du Sénégal ou de la Colombie comme le symbole d’un décalage entre les priorités de la municipalité et les attentes des contribuables parisiens.
Un débat plus large sur la solidarité internationale
Au-delà du seul projet apicole, la controverse s’inscrit dans un débat de fond sur la place de la solidarité internationale dans l’action municipale, à l’approche d’une nouvelle échéance électorale à Paris.
Pour la majorité sortante, ces subventions relèvent d’un engagement historique de la Ville en faveur du développement local dans des zones vulnérables. Pour ses détracteurs, elles traduisent des priorités mal hiérarchisées dans un contexte budgétaire tendu.
Au Togo, une opportunité économique avant tout
À Tandjouaré, l’affaire est suivie avec beaucoup de distance. Le projet apicole est perçu avant tout comme une opportunité économique rare, dans une région souvent absente des circuits classiques de la coopération internationale.
Mais à Paris, quelques ruches installées à plusieurs milliers de kilomètres suffisent désormais à alimenter une bataille politique locale, où le Togo se retrouve, bien malgré lui, au centre d’une controverse très française.
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