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Pénurie d’eau à Kara : Confrontation du gouvernement et du parlement ?

Pénurie d’eau à Kara : le climat en cause ou un échec de gouvernance ?

Face à la raréfaction de l’eau potable à Kara, le gouvernement a été contraint de s’expliquer devant l’Assemblée nationale. Si le changement climatique est mis en avant, de nombreuses zones d’ombre persistent sur la gestion et le suivi des investissements publics dans le secteur de l’eau.

Une crise hydrique qui s’invite au Parlement

À Kara et dans plusieurs localités du nord du Togo, l’accès à l’eau potable est devenu un véritable parcours du combattant. La gravité de la situation a conduit l’exécutif à s’exprimer officiellement. Le 31 décembre dernier, le ministre de l’Aménagement du territoire, Kodjo Sévon-Tépé Adédzé, a attribué la pénurie principalement aux effets du changement climatique, évoquant une baisse significative de la pluviométrie.

Le changement climatique, explication suffisante ?

Selon les chiffres avancés par le ministre, le niveau du barrage alimentant Kara en eau potable est tombé à 5,30 mètres en décembre 2025, contre environ 16 mètres en période normale. Cette situation aurait entraîné une chute de la production d’eau traitée, passée de 12 000 à 4 500 m³ par jour, alors que les besoins de la ville dépassent les 20 000 m³ quotidiens.

Si ces données confirment l’impact du climat, elles soulèvent néanmoins une interrogation majeure : pourquoi une ville stratégique comme Kara demeure-t-elle aussi dépendante d’un seul ouvrage de surface, particulièrement vulnérable aux aléas climatiques ?

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Une pénurie prévisible, mais jamais anticipée

La crise actuelle ne surgit pas de nulle part. La croissance démographique de Kara et l’extension rapide de ses quartiers sont connues de longue date. Pourtant, les capacités de production et de sécurisation de l’eau n’ont pas suivi cette évolution. Pour de nombreux observateurs, le changement climatique n’a fait que révéler l’absence d’anticipation et de planification durable dans la politique de l’eau.

Des solutions d’urgence qui interrogent

Face à l’urgence, le gouvernement a annoncé des mesures telles que le raccordement de forages existants, la réalisation de nouveaux forages en urgence et la distribution d’eau par camions-citernes. Mais ces réponses, jugées coûteuses et inégalitaires, sont perçues par certains comme des aveux d’improvisation plutôt que comme le résultat d’un système maîtrisé et résilient.

Le dossier sensible des 950 forages

L’un des points les plus sensibles reste celui des 950 forages annoncés en 2023, financés à hauteur de 3,7 milliards de FCFA pour les régions de la Kara et des Savanes. À l’époque, un appel d’offres avait été lancé et les entreprises adjudicataires officiellement désignées.

Trois ans plus tard, aucune donnée précise n’est fournie sur le nombre réel de forages construits, leur fonctionnalité ou leur raccordement au réseau de la Togolaise des eaux. Ce silence alimente les doutes et renforce les appels à la reddition des comptes, notamment de la part d’acteurs de la société civile.

De grands projets, mais peu d’impact immédiat

Pour répondre aux critiques, l’exécutif met en avant plusieurs projets structurants : mobilisation de nouvelles ressources hydriques, projet de Défalé avec l’Agence française de développement, programme d’investissements de plus de 25 milliards de FCFA pour Kara, ou encore le barrage multi-usages de Sarakawa, toujours à l’étape des études.

Cependant, pour les populations privées d’eau au quotidien, ces annonces à moyen et long terme peinent à convaincre. Le fossé entre les montants annoncés et la réalité vécue sur le terrain nourrit une défiance croissante.

Une crise de l’eau révélatrice d’une crise de confiance

Au-delà de la pénurie elle-même, la situation à Kara pose la question de la gouvernance du secteur de l’eau. Si le changement climatique constitue un facteur aggravant indéniable, il ne saurait expliquer à lui seul l’ampleur de la crise.

Sans transparence sur les investissements passés et sans évaluation rigoureuse des projets annoncés, le risque est grand de voir la crise de l’eau se transformer en une crise durable de confiance entre les citoyens et leurs gouvernants.

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